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Le sakura comme signe : du blason japonais au tatouage

Comme signe, la fleur de cerisier représente la beauté éphémère et l'impermanence de la vie : elle éclôt en masse, puis ses pétales tombent en quelques jours. Au Japon, ce sens esthétique et bouddhiste s'est doublé d'un usage patriotique et militaire au XXe siècle, dont il faut connaître l'histoire avant d'en faire un emblème.

Origine du symbole

La poésie japonaise ancienne célèbre d'abord la fleur de prunier, héritée de la culture chinoise ; le cerisier la supplante comme fleur par excellence à partir de l'époque de Heian (794-1185), au point que le mot « fleur », hana, désigne implicitement le sakura dans de nombreux poèmes. La mythologie rapportée dans le Kojiki évoque Konohanasakuya-hime, divinité dont le nom se rattache aux arbres en fleurs et qui est aujourd'hui vénérée au mont Fuji. Une étymologie populaire décompose aussi « sakura » en sa, divinité des rizières, et kura, siège : l'arbre serait le lieu où le dieu descend au printemps. Cette explication reste une hypothèse. L'écriture a gardé deux formes du caractère : 櫻 dans sa graphie ancienne, 桜 dans la graphie simplifiée actuelle.

Signification selon les contextes

ContexteUsage du motifSens
Bouddhisme japonaisPétales qui tombentImpermanence (mujō), détachement
Poésie et esthétiqueArbre en pleine floraisonBeauté fragile, mono no aware
Héraldique familialeKamon à cinq pétalesIdentité d'un clan, prestige
Forces impériales, jusqu'en 1945Insignes de marine, noms d'unités et d'avionsSoldat prêt à tomber jeune « comme la fleur »
DiplomatieArbres offerts à l'étrangerAmitié entre nations
Culture populaireRentrée scolaire, manga, animeNouveau départ, premier amour, nostalgie

L'année scolaire et l'année fiscale japonaises commencent en avril, en pleine floraison : dans les récits, le sakura accompagne ainsi les entrées à l'école et les premiers emplois.

Sens spirituel

La leçon bouddhiste est simple : ce qui est beau ne dure pas, et c'est justement parce que cela passe qu'il faut le regarder. La tradition zen y ajoute l'idée de tomber au sommet de sa beauté, sans s'accrocher à la branche. Le shintô, de son côté, voit dans les grands arbres anciens des lieux habités par les kami : certains cerisiers vénérables sont entourés d'une corde sacrée, la shimenawa. En Occident, les lectures spirituelles contemporaines retiennent surtout la renaissance printanière, la douceur et l'acceptation du changement, un sens plus consolant que l'original.

La fleur de cerisier en tatouage

Dans l'irezumi, le tatouage japonais traditionnel, les pétales servent de liant entre les grands sujets : ils tombent autour d'une carpe, d'un samouraï, d'un tigre ou d'un crâne, et désignent la saison du printemps dans la composition. Une « tempête de pétales », sakura fubuki, traversant tout un bras évoque le mouvement et la fugacité. Associée à un crâne, la fleur souligne la brièveté de l'existence. Dans le tatouage occidental, la branche fine sur l'épaule, la clavicule ou le flanc domine, souvent en rose pâle, parfois en noir seul. Le nombre de fleurs est parfois choisi pour représenter les membres d'une famille.

En bijou, en objet et dans l'image

Les épingles à cheveux kanzashi en forme de sakura, les peignes laqués, les tissus de kimono et la vaisselle de printemps déclinent le motif. Les estampes d'Hiroshige ont diffusé les paysages de cerisiers en Europe au moment du japonisme. Aujourd'hui, les pendentifs en émail rose, les boucles d'oreilles en résine enfermant de vrais pétales et les motifs de papeterie sont vendus dans le monde entier. Au Japon, les produits « édition sakura » envahissent chaque printemps les rayons, des boissons aux cartes de transport.

Contresens, récupérations et précautions

La fleur n'est pas neutre dans l'histoire japonaise : la propagande de guerre en a fait l'image du sacrifice, et l'avion-suicide piloté conçu en 1944 s'appelait Ōka, « fleur de cerisier ». La chanson militaire « Dōki no sakura » promettait aux camarades morts de se retrouver sous les cerisiers du sanctuaire Yasukuni, lieu politiquement sensible en Chine et en Corée. Deuxième confusion, botanique cette fois : le pétale de cerisier présente une petite encoche à son extrémité, celui du prunier est arrondi. Le prunier, fleur emblématique à Taïwan et très présent en Chine, n'a pas le même sens. Enfin, le célèbre tableau de Van Gogh souvent appelé « cerisier » représente des branches d'amandier en fleurs.

Symboles proches

Pour le langage des fleurs, les occasions d'offrir et l'hanami, consultez la fiche du langage des fleurs ainsi que le cerisier en fleurs. Dans le tatouage, la fleur accompagne la carpe koï, le samouraï et la geisha, codes réunis dans tatouage japonais. Le chrysanthème japonais est l'autre grande fleur emblème du pays, et l'emoji 🌸 en porte l'image dans les messages.

Questions fréquentes

Quel est le sens du sakura au Japon ?

Elle symbolise la beauté éphémère et la fugacité de l'existence, idée issue du bouddhisme et de la poésie classique. Elle marque aussi le printemps, les rentrées scolaires et les nouveaux départs. Pendant la période militariste, elle a été associée au soldat mort jeune, sens que beaucoup de Japonais jugent aujourd'hui douloureux.

Pourquoi se faire tatouer une fleur de cerisier ?

Il exprime le plus souvent la conscience que la vie est brève et qu'il faut en goûter chaque moment. Il peut aussi célébrer une renaissance, une féminité douce ou rendre hommage à quelqu'un disparu trop tôt. Dans un grand tatouage japonais, les pétales indiquent la saison et relient les motifs principaux.

Comment différencier la fleur de cerisier et la fleur de prunier ?

Regardez la pointe des pétales : ceux du cerisier portent une petite encoche en forme de V, ceux du prunier sont bien ronds. Les fleurs de cerisier pendent souvent en bouquets au bout de longs pédoncules, alors que celles du prunier sont collées à la branche. Le prunier fleurit aussi plus tôt, dès la fin de l'hiver.

La fleur de cerisier a-t-elle un lien avec les kamikazes ?

Oui, historiquement. La propagande japonaise de la Seconde Guerre mondiale comparait les jeunes pilotes à des pétales tombant en pleine beauté, et un avion-suicide portait le nom d'Ōka, « fleur de cerisier ». Ce n'est pas le sens principal du symbole, mais il explique que le motif soit parfois mal reçu en Chine ou en Corée.