La geisha : femme des arts, symbole du Japon et source de malentendus
La geisha est une artiste professionnelle japonaise qui divertit ses hôtes par la danse, la musique, le chant et la conversation ; son nom signifie « personne des arts ». En Occident, elle symbolise la grâce et le mystère, mais elle est souvent confondue à tort avec une prostituée, contresens né de l'histoire et de l'imagerie étrangère.
Origine historique des geishas
Le métier apparaît au XVIIIe siècle, dans les quartiers de plaisir des grandes villes. Les premiers geishas sont d'ailleurs des hommes, amuseurs qui animaient les banquets. Les femmes apparaissent vers le milieu du siècle et deviennent rapidement majoritaires. Leur rôle est distinct de celui des courtisanes de haut rang, les oiran : les autorités interdisent aux geishas de concurrencer ces dernières, et elles se spécialisent dans les arts.
Au début du XXe siècle, les geishas se comptent par dizaines de milliers et sont alors des icônes de mode. Leur nombre s'effondre après 1945. Elles exercent aujourd'hui surtout dans les hanamachi, « villes des fleurs », comme Gion et Pontochō à Kyoto, ou dans certains quartiers de Tokyo et de Kanazawa, où les maisons de thé (ochaya) organisent des soirées sur réservation.
Les étapes et leur signification
| Statut | Signes visibles | Ce qu'ils indiquent |
|---|---|---|
| Shikomi | Tenue simple | Période de service et d'apprentissage dans une maison (okiya) |
| Maiko (Kyoto) | Kimono aux longues manches, ceinture pendante, coiffure ornée de fleurs saisonnières, col rouge | Apprentie, jeunesse, formation en cours |
| Geiko ou geisha | Kimono plus sobre, perruque, col blanc | Artiste confirmée |
| Erikae | Passage du col rouge au col blanc | Cérémonie qui marque le changement de statut |
Le maquillage blanc laisse à la nuque une bande de peau nue en forme de pointe, jugée particulièrement élégante dans l'esthétique japonaise.
Sens culturel et esthétique
La geisha incarne l'idéal de l'iki, un raffinement sans ostentation, et la transmission des arts traditionnels : danse de Kyoto, shamisen, flûte, cérémonie du thé, calligraphie. Sa formation dure des années et se poursuit toute sa carrière. Elle représente aussi un univers social très codifié, fondé sur la relation entre « sœur aînée » et « sœur cadette », sur la fidélité des clients et sur la discrétion : ce qui se dit dans une maison de thé n'en sort pas. Pour de nombreux Japonais, elle est un patrimoine vivant, fragile, que protègent les associations de quartier.
La geisha en tatouage
Motif classique du tatouage d'inspiration japonaise, le portrait de geisha se tatoue sur le bras, le flanc, la cuisse ou le dos, souvent encadré d'éventails, de fleurs de cerisier, de pivoines ou d'une ombrelle. Ses porteurs y voient la beauté, l'élégance, la maîtrise de soi, parfois un double visage : sérénité apparente et émotions cachées. Certaines compositions associent la geisha à un masque hannya ou à un crâne pour souligner cette dualité. Dans l'irezumi ancien, les figures féminines venaient plutôt des légendes et du théâtre ; la geisha tatouée doit beaucoup au regard occidental.
La geisha en objet et en image
Les estampes bijinga, portraits de belles femmes, ont diffusé l'image de ces artistes dès l'époque d'Edo, notamment chez Utamaro. Poupées, éventails, boîtes laquées et affiches en reprennent la silhouette. Le roman Geisha d'Arthur Golden (1997), adapté au cinéma en 2005, a renouvelé l'intérêt du public, mais Mineko Iwasaki, ancienne geiko de Gion qu'il avait interrogée, a contesté sa représentation et publié son propre récit. À Kyoto, face aux débordements des visiteurs, le quartier de Gion a interdit en 2019 de photographier dans certaines ruelles privées.
Contresens, récupérations et précautions
Les geishas ne sont pas des prostituées. La confusion vient de plusieurs sources : la proximité historique avec les quartiers de plaisir, des pratiques anciennes abolies avec la loi anti-prostitution de 1956, et, après 1945, des femmes se présentant comme « geisha girls » auprès des soldats étrangers. Autre malentendu : prendre toute femme en kimono maquillée pour une geisha, alors que de nombreuses touristes louent ce costume à Kyoto. Enfin, poursuivre une maiko pour la photographier est vécu comme du harcèlement. Pour un costume, préférez un kimono à un déguisement qui caricature le métier.
Symboles proches
Selon le mois, les épingles des maiko portent la fleur de cerisier ou le chrysanthème japonais. Le samouraï est l'autre grande figure historique du Japon d'Edo reprise en tatouage. Le masque hannya illustre le versant tourmenté de la féminité au théâtre nô, et le tatouage japonais détaille les codes de ces compositions. Pour la botanique et les messages, voyez la fleur de cerisier côté fleuriste et son emoji.
Questions fréquentes
Quel est le rôle d'une geisha ?
Une geisha anime des banquets et des réceptions privées : elle danse, joue du shamisen, chante, sert les boissons et entretient la conversation avec des invités, souvent des hommes d'affaires ou des habitués. Son métier repose sur des années d'apprentissage artistique et sur un sens très poussé de l'hospitalité et de la discrétion.
Une geisha est-elle une prostituée ?
Non. Les geishas sont des artistes du divertissement, et la prostitution est interdite au Japon depuis 1956. La confusion vient de l'histoire des quartiers de plaisir, où elles côtoyaient des courtisanes, et de l'après-guerre, lorsque le mot geisha a été utilisé par des prostituées pour attirer des soldats étrangers.
Quelle est la différence entre maiko et geiko ?
À Kyoto, la maiko est l'apprentie, généralement âgée de 15 à 20 ans ; elle porte un kimono coloré à longues manches, une ceinture pendante et sa propre chevelure coiffée. La geiko est la geisha confirmée : tenue plus sobre, perruque, col blanc. La cérémonie de l'erikae marque ce changement de statut.
Que signifie un tatouage de geisha ?
Il évoque la beauté, la grâce, le raffinement et la discipline. Beaucoup y lisent aussi le mystère, ou la part cachée derrière un visage maîtrisé. Associée à des fleurs de cerisier, la geisha souligne le caractère éphémère de la beauté ; avec un masque ou un crâne, elle exprime une dualité.