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Le sphinx, entre puissance des pharaons et énigme d'Œdipe

En Égypte, le sphinx est un lion couché à tête humaine qui symbolise la force du pharaon et protège les lieux sacrés ; en Grèce, c'est un monstre ailé qui pose une énigme mortelle. Les deux figures partagent un corps de lion, mais pas le même sens : gardien bienveillant d'un côté, épreuve du savoir de l'autre.

Origine historique du sphinx

Le plus célèbre, le Grand Sphinx de Gizeh, est taillé directement dans le plateau calcaire, à côté de la chaussée menant à la pyramide de Khéphren. Long d'environ 73 mètres, il est attribué par la grande majorité des égyptologues à ce roi de la IVe dynastie, vers 2500 av. J.-C., dont il porterait les traits. Tourné vers l'est, il fait face au soleil levant. Vers 1400 av. J.-C., le pharaon Thoutmôsis IV le fait dégager du sable et installe entre ses pattes une stèle racontant un rêve : le sphinx lui aurait promis la royauté en échange de ce service. À cette époque, il est vénéré comme une forme du dieu solaire, Horus dans l'horizon.

L'Égypte a produit des milliers d'autres sphinx, souvent disposés en allées devant les temples, comme à Karnak et à Louxor. Le mot « sphinx » est grec ; certains y voient une déformation d'une expression égyptienne signifiant « image vivante », hypothèse non démontrée.

Signification selon les cultures

FigureApparenceSens
Sphinx égyptien à tête humaineLion couché, tête du roi coiffée du némèsPouvoir royal, protection, lien avec le soleil
CriosphinxLion à tête de bélierDieu Amon, allées du temple de Karnak
HiéracosphinxLion à tête de fauconHorus, royauté divine
Sphinge grecqueLionne ailée à tête et poitrine de femmeÉnigme, fléau envoyé aux hommes
Sphinx de la Renaissance à l'EmpireFigure décorative féminine ou égyptisanteMystère, savoir antique, goût de l'Orient

Au Proche-Orient ancien, des créatures proches, parfois ailées, gardaient aussi palais et trônes, notamment chez les Phéniciens.

Sens spirituel et mythologique

Dans la mythologie grecque, la Sphinge, envoyée à Thèbes par une divinité irritée, dévore les voyageurs incapables de résoudre son énigme : quel être marche à quatre pattes le matin, à deux le midi et à trois le soir ? Œdipe répond « l'homme », qui rampe enfant, marche adulte et s'aide d'un bâton dans la vieillesse ; vaincue, la Sphinge se jette dans le vide. De ce récit vient le sens moderne du sphinx comme gardien d'un mystère qu'on ne franchit que par l'intelligence. Les ésotéristes du XIXe siècle en ont fait l'emblème des quatre éléments et de la maxime « savoir, oser, vouloir, se taire ». On dit encore d'une personne impassible qu'elle a « un visage de sphinx ».

Le sphinx en tatouage

Deux familles de motifs coexistent. Le sphinx de Gizeh, souvent devant les pyramides et un soleil couchant, se tatoue en nuances de gris sur l'avant-bras, le mollet ou l'omoplate : il exprime la stabilité, la protection ou la passion pour l'Égypte. La sphinge ailée grecque, plus rare, se prête aux compositions néoclassiques ou façon gravure, sur le dos ou sur la cuisse : elle évoque l'énigme, la sagesse durement acquise ou la part mystérieuse d'une personnalité. Associé à un œil ou à un ankh, le motif prend une coloration ésotérique.

Le sphinx en objet et en décoration

Après l'expédition de Bonaparte en Égypte (1798-1801), les sphinx envahissent la décoration européenne : pieds de meubles, pendules, bronzes de cheminée, fontaines. On en trouve encore aux portes de nombreux jardins et monuments, et le style égyptisant revient dans les années 1920 avec la mise au jour, en 1922, du tombeau de Toutânkhamon. Les statuettes vendues aujourd'hui reprennent surtout le modèle de Gizeh. Le nom a même été donné à une race de chat sans poils, d'origine canadienne, écrit en anglais « sphynx ».

Contresens et théories sans fondement

La légende selon laquelle les soldats de Napoléon auraient détruit le nez du sphinx à coups de canon est fausse : des dessins européens antérieurs le montrent déjà mutilé, et l'historien arabe al-Maqrizi attribue ce vandalisme à un fanatique du XIVe siècle. D'autres affirmations circulent sans preuve : un sphinx vieux de dix mille ans érodé par des pluies préhistoriques, une salle secrète d'archives atlantes sous ses pattes, une construction extraterrestre. Ces thèses sont rejetées par les égyptologues et les géologues, faute d'indices archéologiques. Le sphinx égyptien, enfin, est masculin : la femme ailée appartient à la Grèce.

Symboles proches

La pyramide de Khéphren se dresse derrière le Grand Sphinx, et le pharaon lui prête son visage. Le lion fournit le corps et la symbolique de puissance, comme chez le griffon, autre gardien hybride. Le Minotaure appartient comme la Sphinge aux monstres grecs affrontés par un héros. Voyez aussi Anubis, autre gardien de nécropole, ainsi que rêver d'un lion et rêver d'une pyramide.

Questions fréquentes

Que symbolise le sphinx ?

En Égypte, il symbolise la puissance et la sagesse du roi, réunissant la force du lion et l'intelligence humaine, ainsi que la protection des temples et des tombes. En Grèce, il incarne l'énigme et l'épreuve intellectuelle. Aujourd'hui, on l'associe surtout au mystère et au secret bien gardé.

Qui a cassé le nez du Sphinx ?

Ce n'est pas l'armée de Napoléon. Des gravures du XVIIIe siècle, antérieures à l'expédition française, montrent déjà le visage abîmé. L'historien égyptien al-Maqrizi rapporte qu'un religieux soufi l'aurait mutilé au XIVe siècle pour lutter contre les pratiques jugées idolâtres. L'érosion a pu aggraver les dégâts.

Quelle est l'énigme du sphinx ?

La Sphinge de Thèbes demandait quel être marche à quatre pattes le matin, sur deux au milieu du jour et sur trois le soir. La réponse est l'homme : bébé à quatre pattes, adulte debout, vieillard avec une canne. Œdipe trouva la solution et libéra la ville.

Quel âge a le Sphinx de Gizeh ?

Environ 4 500 ans. Les égyptologues l'attribuent au règne de Khéphren, vers 2500 av. J.-C., en raison de sa position dans l'ensemble funéraire de ce roi et des carrières utilisées. Les théories qui le vieillissent de plusieurs millénaires ne sont pas acceptées par la communauté scientifique.