Véronique : entre Bérénice et « vraie image », l'histoire du prénom
Véronique est la latinisation du nom grec Berenikê, « qui porte la victoire », dont Bérénice est l'autre forme française. L'explication par le latin vera icon, « image vraie », est une étymologie populaire née au Moyen Âge. Fêté le 4 février, le prénom a connu un succès considérable en France autour de 1963.
Berenikê, un nom macédonien
Berenikê est la forme macédonienne du grec Pherenikê : le verbe berein y correspond au grec pherein, « porter », et nikê désigne la victoire. Le nom signifie donc « celle qui apporte la victoire ». Passé en latin, il devient Veronica, d'où le français Véronique et l'espagnol Verónica. Bérénice, resté plus proche du grec, est donc le même nom. Nominis mentionne les deux pistes étymologiques, la grecque et celle de vera icon, sans trancher, alors que les historiens considèrent la seconde comme une reconstruction tardive.
La femme au voile et l'étymologie inventée
Le personnage de Véronique n'apparaît pas dans le Nouveau Testament. À partir du IVe siècle, le nom de Bérénice est donné à la femme guérie d'hémorragies dans les Évangiles ; la tradition en fait ensuite la femme qui essuie le visage du Christ sur le chemin du Calvaire, et le linge qui en garde l'empreinte est vénéré à Rome. Pour distinguer cette relique, on l'appelle la vera icon, « image authentique », expression qui se confond avec le nom Veronica. Vers 1211, Gervais de Tilbury donne cette explication dans ses Otia Imperialia ; elle a fait fortune, mais elle inverse l'ordre réel des choses, puisque le nom est bien antérieur.
Le caractère associé à Véronique
Les dictionnaires de prénoms dépeignent une Véronique attentive aux autres, douce en apparence mais dotée d'un caractère affirmé, sensible à la justice et fidèle en amitié. Le geste de compassion attribué à la sainte et l'idée de victoire contenue dans le nom grec se partagent l'inspiration de ce portrait. Ces qualités relèvent de la tradition symbolique et ne disent rien des personnes réelles.
Fête : le 4 février
Nominis fixe la Sainte-Véronique au 4 février, fête locale, avec la mention « ou Bérénice ». D'autres saintes portent ce nom : Véronique de Binasco, religieuse augustine à Milan morte en 1497, Véronique Giuliani, clarisse italienne morte en 1727, et Véronique de la Passion, fondatrice du Carmel apostolique morte en 1906. La notice fait aussi de sainte Véronique la patronne des lingères et des photographes, clin d'œil à l'image imprimée sur le linge. Les Vanessa sont rattachées à la même date.
Popularité : le prénom roi du début des années 1960
Véronique existe modestement au début du XXe siècle, puis explose après 1950 : la part des naissances est multipliée par plus de dix entre 1950 et 1960. Le sommet est atteint en 1963, aussi bien en nombre qu'en proportion, à un niveau qui en fait l'un des tout premiers prénoms féminins de sa génération. Le reflux commence dès 1966 et s'accélère dans les années 1970 ; après 1990, le prénom n'est presque plus donné. Il partage cette trajectoire avec Catherine, Christine et Isabelle, qui culminent entre 1961 et 1965.
Une plante, une passe de cape, une fusée
| Emploi du mot | Explication |
|---|---|
| Veronica, la plante | Genre de plus de 200 espèces, dont la véronique officinale |
| La véronique en tauromachie | Passe de cape attribuée à Costillares vers 1780, nommée d'après le linge de la sainte |
| Verónica | Forme espagnole du prénom |
| Bérénice | Forme grecque du même nom |
La fusée-sonde française Véronique, lancée à partir de 1950, doit en revanche son nom à un mot-valise : VERnon électrONIQUE, du nom du site d'essais de l'Eure. La coïncidence avec le prénom est fortuite.
Sanson, Jannot, Genest
Née en 1949 à Boulogne-Billancourt, l'autrice-compositrice Véronique Sanson s'est imposée au début des années 1970 avec Amoureuse et Besoin de personne. L'actrice Véronique Jannot, née à Annecy en 1957, s'est fait connaître par la série Pause-café. Véronique Genest, de son nom de naissance Véronique Combouilhaud, née à Meaux en 1956, a incarné pendant deux décennies le rôle-titre de Julie Lescaut. Toutes trois sont nées pendant la grande vague du prénom.
Véronique en numérologie : le nombre 9
| V | E | R | O | N | I | Q | U | E | Total |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 4 | 5 | 9 | 6 | 5 | 9 | 8 | 3 | 5 | 54 |
Le Q vaut 8 et le U vaut 3 dans la table de Pythagore ; l'ensemble donne 54, réduit en 5 + 4 = 9. Le nombre d'expression 9 est décrit comme celui de la compassion et de l'ouverture universelle, lecture qui plaît aux amateurs de coïncidences vu le geste prêté à la sainte. La forme Veronica donne 42, soit 6, et Bérénice 43, soit 7. Rien de tout cela n'est démontré.
Questions fréquentes
Véronique signifie-t-il « vraie image » ?
C'est l'explication la plus répandue, mais elle est fausse sur le plan historique. Le nom vient du grec Berenikê, « qui porte la victoire », latinisé en Veronica. Le rapprochement avec le latin vera icon date du Moyen Âge : on l'utilisait pour désigner la relique du voile conservée à Rome, et il a fini par recouvrir l'étymologie réelle.
Bérénice et Véronique sont-ils le même prénom ?
Oui, ce sont deux formes d'un même nom grec, l'une restée proche de l'original, l'autre passée par le latin. Nominis les associe d'ailleurs à la même date, le 4 février. Leur usage diffère : Bérénice évoque la tragédie de Racine et la reine juive du Ier siècle, Véronique la sainte du chemin de croix.
Pourquoi la fleur s'appelle-t-elle véronique ?
Le genre botanique Veronica, qui compte plus de deux cents espèces, est traditionnellement rapproché du nom de la sainte. La véronique officinale servait autrefois à soigner les plaies, ce qui a pu renforcer ce rapprochement avec une figure de compassion. La passe de cape appelée véronique en tauromachie, attribuée au torero Costillares vers 1780, fait référence au geste du linge tendu.