Bérénice, celle qui apporte la victoire : reines, tragédie et prénom
Bérénice vient du grec Berenikê, forme macédonienne de Pherenikê, « celle qui porte la victoire », de pherein, « porter », et nikê, « victoire ». Véronique en est la version latinisée. C'est le nom de plusieurs reines antiques, et sa fête tombe en général le 4 février, avec sainte Véronique.
Pherenikê, la porteuse de victoire
En grec, le verbe pherein signifie « porter, apporter » et nikê la victoire, personnifiée par la déesse Niké. Pherenikê désignait donc celle qui apporte la victoire. Les Macédoniens prononçaient B là où les autres Grecs disaient Ph, d'où la forme Berenikê, diffusée dans tout le monde hellénistique par les dynasties issues des conquêtes d'Alexandre. Le latin l'a transcrite Berenice, et le français Bérénice. Une autre adaptation latine, Veronica, a donné Véronique ; elle a ensuite été réinterprétée à tort comme vera icon, « vraie image », en lien avec le voile de la Passion.
Un nom de reines et de princesses
Plusieurs reines d'Égypte de la dynastie des Ptolémées se sont appelées Bérénice. La plus célèbre, Bérénice II, épouse de Ptolémée III, aurait offert sa chevelure aux dieux pour obtenir le retour de son mari parti en guerre ; la chevelure ayant disparu du temple, l'astronome Conon de Samos déclara qu'elle avait été placée parmi les étoiles. La constellation de la Chevelure de Bérénice perpétue cette légende. Au Ier siècle, une princesse juive de la dynastie hérodienne, Bérénice, fut aimée de Titus, futur empereur, qui dut renoncer à l'épouser.
Une héroïne tragique en guise de portrait
La tradition des prénoms dessine Bérénice en femme passionnée, fière et déterminée, douée d'une grande force intérieure, mais aussi capable de renoncement et de dignité dans l'épreuve. Elle aimerait l'élégance et les arts. Ce portrait doit beaucoup à la reine de Racine autant qu'à l'idée de victoire. Il s'agit d'un héritage littéraire, non d'une observation des femmes ainsi prénommées, dont aucune n'est tenue de jouer la tragédie.
Fête : le 4 février, par Véronique
Nominis place la fête de Bérénice au 4 février, fête locale de sainte Véronique, la femme qui, selon la tradition, essuya le visage du Christ sur le chemin du Calvaire. Ce choix repose sur la parenté entre les deux noms. Le même site mentionne des saintes portant bien le nom de Bérénice, comme Bérénice et Prosdocé, jeunes martyres d'Antioche au IVe siècle honorées avec leur mère Domnine, mais leurs dates sont moins utilisées en France. La date de Véronique reste donc la plus courante.
Popularité : un prénom resté rare
Les registres français voient apparaître Bérénice vers 1960, encore de manière très confidentielle. D'après l'Insee, il progresse régulièrement jusqu'aux années 1990 et culmine vers 1997. Sa fréquence reste ensuite stable pendant une vingtaine d'années, puis recule en 2020 et 2021. Il n'a jamais été très répandu, ce qui préserve son allure distinguée. Beaucoup de parents le choisissent précisément pour cette rareté, doublée d'une solide culture classique.
Véronique, Berenice, Nikê : prénoms apparentés
| Forme ou prénom | Langue ou lien |
|---|---|
| Berenikê | Grec macédonien |
| Berenice | Latin, italien, anglais |
| Bernice | Forme anglaise abrégée |
| Véronique, Veronica | Forme latinisée, même origine |
| Nicolas, Nikê | Même élément nikê, « victoire » |
Véronique est la sœur étymologique de Bérénice, même si son histoire chrétienne est tout autre et si leurs courbes de popularité ne se ressemblent pas. Par l'élément « victoire », Bérénice rejoint Nicolas et Victoire, cette dernière d'origine latine.
Bérénice dans les arts et à l'écran
En 1670, Jean Racine fait jouer Bérénice, tragédie de la séparation entre Titus et la reine de Judée, inspirée d'une phrase de Suétone selon laquelle Titus la renvoya « malgré lui, malgré elle ». En 1944, Louis Aragon publie Aurélien, dont l'héroïne se nomme Bérénice Morel. Au cinéma, Bérénice Bejo, née à Buenos Aires, a été couronnée en 2012 par le César de la meilleure interprète féminine pour The Artist, puis, à Cannes en 2013, le prix d'interprétation pour Le Passé.
Bérénice en numérologie
| B | E | R | E | N | I | C | E | Total |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 2 | 5 | 9 | 5 | 5 | 9 | 3 | 5 | 43 |
Avec huit lettres, dont quatre E, le calcul donne 2 + 5 + 9 + 5 + 5 + 9 + 3 + 5 = 43, puis 4 + 3 = 7. Le nombre d'expression 7 caractérise, pour les numérologues, une nature réfléchie et exigeante, attirée par la connaissance. La répétition du 5 soulignerait un besoin de mouvement. Ces associations n'ont qu'une valeur de symbole.
Questions fréquentes
Bérénice et Véronique sont-ils liés ?
Oui, par leur origine : le grec Berenikê, « qui porte la victoire ». Véronique est une adaptation latine du nom, que le Moyen Âge a ensuite réinterprétée comme « vraie image », en lien avec le voile de sainte Véronique. Les deux prénoms ont suivi des chemins séparés, mais partagent aujourd'hui la fête du 4 février.
Qui était la Bérénice de Racine ?
C'est une reine de Judée du Ier siècle, issue de la famille d'Hérode, aimée de l'empereur Titus. Les Romains se méfiant d'une reine étrangère, Titus renonça à l'épouser. Racine a fait de cette séparation une tragédie sans mort ni violence, créée en 1670, célèbre pour sa simplicité et le vers « Mais il ne s'agit plus de vivre, il faut régner ».
Pourquoi une constellation s'appelle-t-elle Chevelure de Bérénice ?
Selon la légende rapportée par le poète Callimaque, la reine Bérénice II d'Égypte avait consacré sa chevelure aux dieux pour le retour de son époux Ptolémée III. Les cheveux ayant disparu, l'astronome Conon de Samos affirma qu'ils avaient été placés dans le ciel. Le nom de la constellation remonte ainsi à l'Antiquité grecque.