Le trigramme : trois traits, huit figures, une lecture du monde
Un trigramme est une figure de trois traits superposés, pleins (yang) ou brisés (yin), qui représente une force de la nature dans la pensée chinoise ; il en existe huit. Chaque trait a une place précise, du bas vers le haut. En français, « trigramme » s'applique aussi à un groupe de trois lettres, comme le monogramme chrétien IHS.
Origine historique des trigrammes
Les trigrammes sont les briques du Yi Jing. On raconte que le souverain mythique Fuxi les aurait tracés en observant le ciel, la terre et les empreintes des animaux. Les historiens y voient plutôt l'aboutissement de pratiques divinatoires fondées sur des nombres pairs et impairs, dont on a retrouvé des séries notées sur des objets de la fin de la dynastie Shang et du début des Zhou. La forme en traits pleins et brisés se stabilise plus tard.
La combinatoire est simple : chaque position peut recevoir deux types de traits, ce qui donne 2 × 2 × 2 = 8 trigrammes. En superposant deux trigrammes, on obtient un hexagramme, et les 8 × 8 combinaisons produisent les 64 hexagrammes du livre. Vers 1700, ce système a intrigué les savants européens, et le philosophe Leibniz y a vu une préfiguration de son calcul binaire.
Correspondances des huit trigrammes
Le chapitre des « Explications des trigrammes », commentaire ancien du livre, attribue à chacun un animal et une partie du corps.
| Signe | Nom | Traits de bas en haut | Animal | Partie du corps |
|---|---|---|---|---|
| ☰ | Qian | plein, plein, plein | Cheval | Tête |
| ☷ | Kun | brisé, brisé, brisé | Bœuf | Ventre |
| ☳ | Zhen | plein, brisé, brisé | Dragon | Pied |
| ☴ | Xun | brisé, plein, plein | Coq | Cuisse |
| ☵ | Kan | brisé, plein, brisé | Porc | Oreille |
| ☲ | Li | plein, brisé, plein | Faisan | Œil |
| ☶ | Gen | brisé, brisé, plein | Chien | Main |
| ☱ | Dui | plein, plein, brisé | Mouton | Bouche |
Sens spirituel et philosophique
Les trois positions reflètent les « trois puissances » : le trait du bas correspond à la terre, celui du milieu à l'être humain, celui du haut au ciel. L'humain se tient donc entre les deux, et son rôle est de les accorder. La lecture part toujours du trait inférieur : le changement naît à la base et s'élève. Dans un hexagramme, le trigramme inférieur représente la situation intérieure, le supérieur la situation extérieure. Lors d'un tirage traditionnel, aux baguettes d'achillée ou aux pièces, chaque trait reçoit une valeur de 6, 7, 8 ou 9 : les valeurs 6 et 9 marquent des traits « vieux », appelés à se transformer en leur contraire, signe que la situation évolue.
Le trigramme en tatouage
Un trigramme seul fait un tatouage sobre et graphique, souvent placé à la base du cou, sur la tranche de la main ou sur la colonne vertébrale. Chacun le sélectionne selon la qualité qu'il porte : la force créatrice du ciel, la réceptivité de la terre, l'éveil du tonnerre ou la stabilité de la montagne. Certaines personnes tatouent le trigramme supérieur et inférieur d'un hexagramme tiré lors d'un moment décisif. Attention au sens de lecture : un trigramme retourné change d'identité, par exemple le tonnerre devient la montagne. Précisez donc au tatoueur quel trait se trouve en bas.
Le trigramme en objet et dans l'écriture
Les huit signes possèdent leur propre code Unicode, de U+2630 pour le ciel à U+2637 pour la terre. Ils ornent les boussoles de géomancie, les pendentifs de jade, les talismans taoïstes et le drapeau sud-coréen. En Occident, « trigramme » a d'autres sens : le monogramme IHS, formé des trois premières lettres du nom de Jésus en grec et diffusé au XVe siècle par le prédicateur Bernardin de Sienne, puis adopté par les jésuites ; ou encore les trois initiales qui servent d'identifiant à un salarié ou à un code d'aéroport.
Contresens et précautions
Trigramme et hexagramme sont souvent confondus : trois traits d'un côté, six de l'autre. Le mot « hexagramme » désigne en outre, en géométrie occidentale, l'étoile à six branches, sans rapport avec le Yi Jing. Deuxième erreur : dessiner un trigramme de haut en bas en suivant le sens de lecture d'un texte, ce qui en inverse le sens. Enfin, les listes de « signification » trouvées en ligne mélangent souvent les images du ciel antérieur et du ciel postérieur. Le Yi Jing reste un outil de réflexion et de divination traditionnel, pas une méthode de prédiction vérifiée.
Symboles proches
Rangés en cercle, les huit signes composent le bagua, et le taijitu figure le principe dont ils découlent. Trait plein et trait brisé traduisent graphiquement le yin-yang. Directions et saisons se retrouvent chez les quatre animaux célestes. Pour le sens occidental du mot, voyez le chrisme, autre monogramme du Christ. Les nombres 3, 8 et 64 résument toute la combinatoire.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un trigramme en chinois ?
C'est une figure du Livre des mutations composée de trois lignes horizontales, continues pour le yang, coupées pour le yin. Les huit combinaisons possibles représentent le ciel, la terre, le tonnerre, le vent, l'eau, le feu, la montagne et le lac. Superposés par deux, ils forment les 64 hexagrammes.
Comment lire un trigramme ?
Toujours de bas en haut. Le premier trait, en bas, est la base ; le deuxième, au milieu, le cœur de la figure ; le troisième, en haut, son aboutissement. Les commentaires chinois associent ces positions à la terre, à l'humain et au ciel. Lire dans l'autre sens revient à désigner un autre trigramme.
Quelle différence entre trigramme et hexagramme ?
Le trigramme compte trois traits et il en existe huit. L'hexagramme en compte six : il réunit deux trigrammes, l'un inférieur et l'autre supérieur, et il en existe soixante-quatre. Le Yi Jing commente les hexagrammes, mais leur sens s'explique en grande partie par les deux trigrammes qui les composent.
Que signifie le trigramme IHS ?
IHS reprend les trois premières lettres du nom de Jésus en grec, iota, êta et sigma. Ce monogramme a été popularisé au XVe siècle par Bernardin de Sienne, puis adopté par la Compagnie de Jésus. Une lecture tardive, « Iesus Hominum Salvator », Jésus sauveur des hommes, en fait un acronyme latin, ce qui n'est pas son origine.