Taijitu : histoire et sens du diagramme chinois du faîte suprême
Le taijitu est le « diagramme du faîte suprême » : le dessin qui représente le taiji, principe unique d'où naissent le yin et le yang, puis toutes choses, dans la pensée chinoise. Le cercle noir et blanc aux deux points n'en est que la version la plus connue ; d'autres diagrammes plus anciens ont porté ce nom.
Origine historique du taijitu
Taiji signifie littéralement « faîte suprême », comme la poutre faîtière qui soutient un toit. Le terme apparaît dans le « Grand commentaire » du Livre des mutations, le Yi Jing : dans le changement se trouve le faîte suprême, qui engendre les deux modes, le yin et le yang, lesquels engendrent les quatre figures, puis les huit trigrammes. Le taiji est donc un principe d'unité en mouvement, avant toute séparation.
Le mot taijitu s'attache d'abord à un schéma du philosophe Zhou Dunyi, au XIe siècle, accompagné d'un court texte qui s'ouvre sur la formule « sans faîte, et pourtant faîte suprême ». La tradition prétend qu'il en aurait hérité le principe du maître taoïste Chen Tuan, affirmation discutée. Le néoconfucéen Zhu Xi en fait au XIIe siècle un texte fondateur, ce qui déclenche une vive controverse avec le penseur Lu Jiuyuan, qui lui reproche des emprunts taoïstes. La forme tourbillonnante aux deux « poissons » apparaît dans des ouvrages des XIVe-XVIe siècles, notamment chez Zhao Huiqian puis Lai Zhide.
Les versions du diagramme
| Version | Époque | Ce qu'elle montre |
|---|---|---|
| Diagramme de Zhou Dunyi | XIe siècle | Cinq étages : cercle vide, anneaux clairs et sombres imbriqués, cinq phases, principe masculin et féminin, naissance des êtres |
| Diagramme naturel de l'univers, de Zhao Huiqian | XIVe siècle | Spirale noire et blanche entourée des trigrammes |
| Diagramme de Lai Zhide | XVIe siècle | Bandes claire et sombre enroulées autour d'un cercle central vide |
| Poissons du yin et du yang | Répandus à partir du XVIIe siècle | Deux gouttes enlacées, chacune avec un point de l'autre couleur |
| Taegeuk coréen | Époque moderne | Version rouge et bleue, ou à trois couleurs dans l'art traditionnel |
Le cercle vide placé en tête du schéma de Zhou Dunyi figure l'indifférencié, le wuji, souvent traduit par « sans limite ».
Sens spirituel et philosophique
Là où la notion de yin et de yang décrit deux pôles, le taijitu montre le processus entier : de l'unité naissent la dualité, puis la multiplicité, et tout retourne à l'unité. Pour le néoconfucianisme, ce schéma sert de fondement à la morale : l'être humain, qui reçoit la part la plus subtile de ce mouvement, doit trouver le juste milieu et la tranquillité intérieure. Dans le taoïsme, le diagramme sert de support à la méditation sur le retour à l'origine, et il orne les robes des prêtres et les temples. Le taiji quan tire son nom de ce principe : ses mouvements circulaires alternent sans cesse plein et vide, avance et retrait.
Le taijitu en tatouage
La plupart des tatouages reprennent les deux poissons, mais les versions historiques offrent des alternatives plus rares : la spirale ancienne entourée des huit trigrammes, ou le schéma vertical de Zhou Dunyi, qui s'adapte bien sur l'avant-bras ou le long du dos. Les pratiquants d'arts martiaux internes le placent volontiers sur l'épaule ou entre les omoplates. Pour une version historique, partez d'une reproduction d'ouvrage ancien plutôt que d'un modèle trouvé en ligne, souvent simplifié au point de perdre les étages ou les trigrammes qui faisaient son sens.
Le taijitu en objet
On le retrouve sur les éventails et les uniformes de taiji quan, les compas de géomancie, les talismans taoïstes et les murs et les sols de nombreux temples taoïstes. Il a aussi inspiré des emblèmes occidentaux : le physicien danois Niels Bohr, qui voyait dans la complémentarité un principe de la physique quantique, choisit en 1947 un taijitu pour ses armoiries, accompagné de la devise latine « les contraires sont complémentaires ». En Corée du Sud, le taegeuk à trois couleurs orne les portes des temples et des bâtiments traditionnels.
Contresens et précautions
Premier contresens : considérer taijitu et yin-yang comme de parfaits synonymes. Le premier est un diagramme, le second une paire de notions qu'il sert à représenter. Deuxième erreur : attribuer le dessin tourbillonnant à Lao-tseu ou à l'Antiquité chinoise, alors qu'il est tardif. Troisième confusion : croire que le taiji désigne seulement une gymnastique douce ; c'est d'abord un concept cosmologique. Enfin, le diagramme n'est lié à aucune récupération politique et peut être porté librement, pourvu qu'on n'en fasse pas l'emblème d'une lutte du bien contre le mal.
Symboles proches
La page yin-yang détaille les correspondances entre les deux principes. Le bagua range les huit trigrammes autour du taijitu, prolongeant la génération décrite par le Livre des mutations. Le cercle et la spirale partagent l'idée de totalité et de mouvement. L'emoji yin-yang reprend la forme moderne, et le noir comme le blanc y gagnent un sens qui dépasse l'opposition morale.
Questions fréquentes
Que signifie taijitu ?
Taijitu signifie « diagramme du faîte suprême ». Il représente le taiji, principe premier de la cosmologie chinoise, qui se divise en yin et en yang puis engendre toutes les réalités. Le nom a d'abord désigné un schéma du XIe siècle avant de s'appliquer au cercle noir et blanc connu aujourd'hui.
Quelle différence entre taijitu et yin yang ?
Le yin et le yang sont deux notions complémentaires de la pensée chinoise. Le taijitu est le dessin qui les montre en mouvement à l'intérieur d'une unité. On peut donc parler du yin et du yang sans taijitu, mais le taijitu n'a de sens que par ces deux principes.
Qui a inventé le taijitu ?
Aucune personne unique. Le philosophe Zhou Dunyi popularise au XIe siècle un diagramme appelé ainsi, en partie inspiré de schémas taoïstes antérieurs. La forme aux deux poissons se développe ensuite sous les dynasties Yuan et Ming, grâce à plusieurs érudits chinois.
Que signifie le cercle vide au-dessus du taijitu ?
Dans le schéma de Zhou Dunyi, le cercle vide représente le wuji, l'état sans limite ni distinction, identifié au faîte suprême lui-même. C'est le point de départ avant que yin et yang n'apparaissent. Les interprètes divergent sur la question de savoir s'il précède le taiji ou se confond avec lui.