Les symboles alchimiques : lire les glyphes des métaux et éléments
Un symbole alchimique est un signe graphique employé par les alchimistes pour noter une substance, un élément ou une opération : ☉ pour l'or, ☽ pour l'argent, ▲ pour le feu. Ces glyphes variaient beaucoup d'un auteur à l'autre ; seuls ceux des métaux et des éléments sont vraiment stables.
Origine historique des symboles alchimiques
Dès les manuscrits grecs de l'Égypte romaine, les alchimistes abrègent leurs substances par des signes. Ils reprennent les correspondances de l'astrologie antique, qui liait les sept astres mobiles visibles à l'œil nu aux sept métaux connus : chaque métal reçoit donc le signe de sa planète. Le Moyen Âge arabe et latin enrichit ce vocabulaire, et les traités imprimés des XVIe et XVIIe siècles en publient des tables de plusieurs centaines de signes, souvent contradictoires : un même produit peut avoir dix notations. Au XVIIIe siècle encore, les chimistes utilisent ces signes dans des tables d'affinité. Ils disparaissent quand Berzelius impose, au début du XIXe siècle, les symboles à lettres encore employés, comme Au pour l'or ou Fe pour le fer.
Les sept métaux et leurs planètes
| Métal | Astre | Glyphe | Idée associée |
|---|---|---|---|
| Or | Soleil | ☉ | Perfection, incorruptibilité |
| Argent | Lune | ☽ | Pureté, reflet |
| Mercure | Mercure | ☿ | Mobilité, principe volatil |
| Cuivre | Vénus | ♀ | Beauté, métal de Chypre, île d'Aphrodite |
| Fer | Mars | ♂ | Force, guerre |
| Étain | Jupiter | ♃ | Souveraineté, équilibre |
| Plomb | Saturne | ♄ | Lourdeur, lenteur, point de départ de l'Œuvre |
Au XVIIIe siècle, le botaniste Linné a emprunté les signes de Mars et de Vénus pour noter le sexe des plantes ; ils sont devenus les symboles masculin ♂ et féminin ♀ d'aujourd'hui.
Éléments et principes
Les quatre éléments ont des glyphes triangulaires : pointe en haut pour le feu, pointe en haut barrée pour l'air, pointe en bas pour l'eau, pointe en bas barrée pour la terre. Paracelse ajoute trois principes, les tria prima, présents selon lui dans toute matière : le soufre, principe de combustibilité, noté par un triangle posé sur une croix ; le mercure, principe volatil, noté ☿ ; le sel, principe de fixité, noté par un cercle coupé d'un trait horizontal. D'autres substances courantes ont des signes connus, comme l'antimoine, figuré par un cercle surmonté d'une croix, ♁, identique au signe astronomique de la Terre. Des opérations, calcination, sublimation, distillation, possèdent également des signes, mais ceux-ci changent beaucoup selon les traités.
Sens spirituel et ésotérique
Pour la tradition hermétique, ces glyphes ne sont pas de simples abréviations : ils se lisent comme des combinaisons d'éléments fondamentaux. Le cercle figure l'esprit ou l'unité, le croissant l'âme, la croix la matière. Ainsi, le signe de Mercure réunit les trois, ce qui en fait, pour certains auteurs, le symbole de l'être complet. John Dee a développé cette idée en 1564 dans sa Monas hieroglyphica, un glyphe unique censé contenir tous les autres. Dans l'ésotérisme moderne, on grave ces signes sur des talismans en fonction des jours de la semaine, eux-mêmes liés aux planètes, comme le montrent encore les noms français lundi (Lune), mardi (Mars) ou vendredi (Vénus). Ces usages sont des croyances, non des propriétés des signes.
Les symboles alchimiques en tatouage et en bijou
Les glyphes alchimiques plaisent parce qu'ils sont simples, graphiques et porteurs de sens. Les quatre triangles des éléments en ligne sur l'avant-bras ou les doigts, le signe de l'or pour la réussite, celui du plomb pour rappeler une période difficile transformée, le soufre, le mercure et le sel réunis pour l'équilibre du corps, de l'esprit et de l'âme : chaque combinaison compose un message personnel. Les bagues et pendentifs gravés reprennent souvent le métal de la planète associée à un signe astrologique. Une vérification s'impose avant de tatouer : de nombreux « tableaux » en ligne mélangent symboles anciens, inventions modernes et signes de jeux vidéo.
Contresens, récupérations et précautions
Le symbole alchimique du soufre, dans une variante formée d'un signe infini surmonté d'une double croix, a été adopté au XXe siècle par l'Église de Satan d'Anton LaVey sous le nom de croix de Léviathan ; il figure dans La Bible satanique. Le glyphe ancien n'avait évidemment rien de sataniste, mais ce réemploi explique qu'on le prenne parfois pour un signe diabolique. Autre confusion, beaucoup de tatouages prétendument « alchimiques » viennent du manga Fullmetal Alchemist ou de créations graphiques récentes. Enfin, ces signes n'ont aucune valeur scientifique actuelle : la chimie utilise la notation de Berzelius.
Symboles proches
L'alchimie retrace l'histoire de l'art et de ses images, les éléments la théorie qui sous-tend les triangles. Le soleil et la lune ont leurs pages, comme Saturne, planète du plomb. Le triangle, le cercle et la croix sont les briques de ces glyphes. La couleur dorée et la couleur argentée prolongent le couple de l'or et de l'argent. Pour les signes astrologiques qui partagent ce vocabulaire graphique, voyez les signes du zodiaque.
Questions fréquentes
Quels sont les principaux symboles alchimiques ?
Les sept métaux, notés par les signes de leurs planètes : or ☉, argent ☽, mercure ☿, cuivre ♀, fer ♂, étain ♃, plomb ♄. Les quatre éléments, notés par des triangles. Et les trois principes de Paracelse : soufre, mercure et sel. Les signes des autres substances et des opérations varient selon les traités.
Comment les alchimistes notaient-ils l'or ?
Un cercle avec un point en son centre, ☉, identique au signe astronomique du Soleil. L'or, qui ne rouille pas et brille d'un éclat jaune, était considéré comme le métal parfait, équivalent terrestre de l'astre. Obtenir l'or à partir de métaux ordinaires était le but matériel du Grand Œuvre.
Que signifient les symboles du soufre, du mercure et du sel ?
Ce sont les trois principes de Paracelse. Le soufre représente ce qui brûle et, spirituellement, l'âme ou la volonté ; le mercure ce qui s'évapore, l'esprit ; le sel ce qui reste fixe, le corps. Réunis, ils décrivent selon cette doctrine la composition de toute chose et de l'être humain.
Les symboles alchimiques existent-ils en Unicode ?
Oui. Les signes des planètes et des éléments principaux figurent depuis longtemps parmi les symboles divers, et un bloc spécifique aux symboles alchimiques a été ajouté à Unicode en 2010. Tous les appareils ne disposent pas d'une police capable de les afficher, ce qui peut produire des carrés vides.