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Daruma : la poupée qui se relève et le rituel des yeux à peindre

Le daruma est une poupée japonaise ronde et lestée qui symbolise la persévérance : on peint un œil en fixant un objectif, puis le second quand il est atteint. Son visage barbu est celui de Bodhidharma, moine fondateur du bouddhisme zen selon la tradition, dont la légende a été largement enjolivée.

Origine historique du daruma

Daruma est le nom japonais de Bodhidharma, moine venu d'Inde ou d'Asie centrale en Chine vers le Ve ou le VIe siècle, que la tradition considère comme le premier patriarche du chan, devenu le zen au Japon. Les récits le montrent méditant neuf ans face à un mur, dans une grotte proche du monastère de Shaolin. La légende ajoute que ses bras et ses jambes se seraient atrophiés, d'où la forme sans membres de la poupée, et qu'il se serait coupé les paupières pour ne pas s'endormir, d'où ses yeux ronds et fixes. Ces épisodes relèvent de l'hagiographie, et les historiens doutent même de nombreux détails de sa biographie.

La poupée actuelle, en papier mâché, se développe à l'époque d'Edo (1603-1868). La ville de Takasaki, au nord-ouest de Tokyo, et son temple Shorinzan Daruma-ji en sont devenus le principal centre de fabrication. Elle reprend le principe des jouets culbutos : lestée à la base, elle revient toujours debout.

Signification de la poupée et de ses détails

ÉlémentSens
Forme ronde et base lestéeSe relever après chaque chute
Yeux blancsObjectif pas encore atteint
Premier œil peintEngagement pris, vœu formulé
Second œil peintVœu réalisé, remerciement
RougeRobe de moine, protection contre la maladie dans les croyances d'Edo
Sourcils en grue et barbe en tortue (Takasaki)Longévité, deux animaux de bon augure

Le proverbe qui lui est associé, nanakorobi yaoki, se traduit par « tomber sept fois, se relever huit ». Les versions modernes en d'autres couleurs, or pour la prospérité, blanc, rose ou vert, sont des variantes commerciales récentes.

Le rituel des yeux et le sens spirituel

Au moment de fixer un but, on peint en noir un des yeux, généralement celui qui se trouve à gauche quand on regarde la poupée. On la place ensuite en vue, pour qu'elle rappelle l'engagement jour après jour. Une fois l'objectif atteint, on dessine le second œil. En fin d'année, les daruma sont rapportés au temple et brûlés lors d'une cérémonie, avant d'en acheter un nouveau, notamment à la foire de Takasaki début janvier. Plus qu'un talisman, le daruma sert de témoin : il ne réalise rien lui-même et rappelle plutôt la discipline du zen, faite d'effort patient. Au Japon, des candidats vainqueurs d'élections peignent publiquement le second œil le soir des résultats.

Le daruma en tatouage

Dans l'irezumi, le tatouage japonais traditionnel, Bodhidharma apparaît parfois en figure de moine sévère aux sourcils épais, entouré de nuages ou de vagues. La poupée elle-même, plus récente dans les tatouages, se prête à des pièces colorées de petite ou moyenne taille sur le bras, le mollet ou l'épaule, souvent en style néo-japonais. Certains tatoués laissent un œil vide, en signe de chemin encore en cours, puis font compléter le second œil plus tard, prolongeant ainsi le rituel sur la peau. Le message recherché est la ténacité après une épreuve : maladie, sevrage, échec professionnel.

Le daruma en objet

On trouve des daruma de quelques centimètres jusqu'à des pièces d'un mètre, achetées par des entreprises ou des équipes sportives en début de saison. Beaucoup portent une inscription au dos ou sur le ventre : le vœu, une date, le nom de la personne. Dans les maisons, ils se posent sur une étagère haute ou près de l'autel domestique. Offrir un daruma à un étudiant avant ses examens ou à un ami qui lance une affaire est un geste courant. Hors du Japon, on les trouve dans les épiceries asiatiques et les boutiques de décoration.

Contresens et précautions

Le daruma n'est pas un porte-bonheur passif qu'on achète pour que la chance arrive. Peindre les deux yeux dès l'achat, ou le garder indéfiniment sans objectif, vide le rituel de son sens. Autre confusion : l'associer au Bouddha historique, alors que Bodhidharma est un patriarche d'une école particulière. Enfin, jeter un daruma à la poubelle est mal vu par de nombreux Japonais ; si vous n'avez pas accès à un temple, le conserver ou le rendre à un lieu qui organise la crémation rituelle est plus respectueux.

Symboles proches

Le maneki-neko est l'autre grand objet porte-bonheur des commerces japonais, mais il invite la clientèle au lieu de soutenir un effort. La figure du Bouddha éclaire le contexte religieux, et le tatouage japonais son usage dans l'irezumi. La carpe koï porte une idée voisine de ténacité. Pour la couleur, voyez le rouge, et pour la dimension intime du jouet, rêver d'une poupée.

Questions fréquentes

Quel œil peindre en premier sur un daruma ?

L'usage le plus répandu est de peindre d'abord l'œil situé à gauche lorsqu'on fait face à la poupée, qui correspond à son œil droit, en formulant son souhait. Le second est ajouté quand l'objectif est atteint. Les pratiques varient selon les régions et les familles, et aucune règle officielle ne s'impose.

Que faire d'un daruma quand le vœu est réalisé ?

Au Japon, on le rapporte à un temple, souvent au Nouvel An, pour qu'il soit brûlé avec reconnaissance lors d'une cérémonie. On achète alors un nouveau daruma pour l'objectif suivant. Hors du Japon, beaucoup le gardent en souvenir de l'effort accompli.

Que signifie la couleur d'un daruma ?

Le rouge est la couleur traditionnelle, liée à la robe de moine et à la protection. Les autres couleurs sont surtout commerciales : le doré évoque l'argent, le rose l'amour, le vert la santé, le blanc la pureté. Ces correspondances varient selon les fabricants et n'ont pas de base ancienne.

Que signifie un tatouage daruma ?

Il exprime la volonté de se relever quoi qu'il arrive. Un œil peint et l'autre vide signalent un objectif en cours ; deux yeux, un combat gagné. Il rend aussi hommage à la culture japonaise et, pour certains, à la pratique zen.