Croix de Jérusalem : une grande croix et quatre petites, pourquoi ?
La croix de Jérusalem, grande croix potencée cantonnée de quatre petites croix, est l'emblème chrétien de la Terre sainte. Née comme armoiries du royaume latin fondé après la première croisade, elle est lue le plus souvent comme les cinq plaies du Christ, ou comme le Christ entouré des quatre évangélistes.
Origine historique de la croix de Jérusalem
Après la prise de Jérusalem par les croisés en 1099, Godefroy de Bouillon prend la tête de la ville sans vouloir le titre de roi ; son frère Baudouin Ier fonde ensuite le royaume latin de Jérusalem. La tradition attribue à Godefroy l'emblème des cinq croix, mais les attestations sûres de ces armoiries sont plus tardives et datent des XIIe-XIIIe siècles. Les rois de Jérusalem portent une croix d'or sur fond d'argent, combinaison qui viole la règle héraldique interdisant de poser un métal sur un métal ; les héraldistes l'expliquent par le prestige unique de la Ville sainte.
Après la chute des États latins, l'emblème survit dans les titres des dynasties européennes qui revendiquaient la couronne de Jérusalem, puis chez les franciscains de la Custodie de Terre sainte, gardiens des lieux saints depuis le XIVe siècle, et dans l'ordre équestre du Saint-Sépulcre.
Signification selon les lectures
| Lecture | Grande croix | Quatre petites croix |
|---|---|---|
| Passion | Plaie du côté | Plaies des mains et des pieds |
| Évangélisation | Le Christ | Les quatre évangélistes : Matthieu, Marc, Luc, Jean |
| Mission | Jérusalem, point de départ | L'Évangile porté aux quatre coins du monde |
| Croisades | Royaume de Jérusalem | Les quatre États latins d'Orient (lecture moderne discutée) |
La forme potencée des bras, terminés en T, évoque selon certains auteurs des béquilles ou des marteaux ; le mot « potence » désignait en ancien français une béquille. Aucune de ces lectures n'est officielle : elles coexistent dans la piété et les ouvrages de vulgarisation.
Sens spirituel
Pour les chrétiens, la croix de Jérusalem rattache la foi à un lieu concret : la ville où Jésus fut crucifié et où son tombeau fut trouvé vide. Elle exprime la vocation universelle du christianisme, partie d'un point précis pour rayonner dans toutes les directions. Chez les pèlerins, elle marque l'accomplissement du voyage, au même titre que la coquille pour Compostelle. Les lectures ésotériques qui la rapprochent des quatre éléments autour d'un centre, ou d'une quintessence, sont extérieures à la tradition chrétienne et n'ont pas de fondement historique propre à ce symbole.
La croix de Jérusalem en tatouage
C'est l'un des plus vieux tatouages de pèlerinage connus. À Jérusalem, la famille copte Razzouk tatoue des pèlerins depuis plusieurs générations, à partir de tampons de bois anciens ; la croix aux cinq éléments compte parmi les modèles que les pèlerins réclament le plus. Aujourd'hui, le motif se place sur l'intérieur du poignet, l'avant-bras ou l'épaule, souvent en noir ou en rouge sobre, accompagné d'une date de pèlerinage. Certains chrétiens d'Orient le portent comme marque d'appartenance. Si vous le choisissez pour son dessin, sachez que la plupart des gens le liront comme un signe de foi ou de pèlerinage.
La croix de Jérusalem en bijou et en objet
Les boutiques de la vieille ville de Jérusalem et de Bethléem la vendent en pendentifs d'argent, en bois d'olivier ou en nacre, souvent comme souvenir de pèlerinage. On la voit aussi sur les chasubles et les ornements liturgiques, les insignes des chevaliers du Saint-Sépulcre et le blason de la Custodie franciscaine. Depuis 2004, le drapeau de la Géorgie s'en inspire en rouge sur fond blanc, avec une grande croix de saint Georges et quatre petites croix : c'est l'usage national le plus visible.
Contresens, récupérations et précautions
La croix de Jérusalem n'est pas un symbole hostile aux juifs ou aux musulmans, et les chrétiens de Terre sainte, en majorité arabophones, la voient d'abord comme le signe de leurs lieux saints. Elle fait toutefois partie de l'imagerie des croisades, avec le cri « Deus vult », que reprennent certains milieux identitaires et suprémacistes pour opposer chrétienté et islam ; les organismes qui recensent les signes haineux la signalent quand elle apparaît dans ce contexte. Seule, elle reste un emblème religieux. Autre confusion fréquente : l'emblème à huit pointes des Hospitaliers ou la croix templière, qui appartiennent à des ordres distincts.
Symboles proches
La croix latine en est la forme de base, la croix de Malte naît comme elle dans l'Orient des croisés, et la croix de Lorraine un emblème lié à une relique rapportée de Terre sainte. Le chrisme et l'ichthus expriment la foi chrétienne par des lettres grecques. L'étoile de David et le croissant et l'étoile sont les signes associés aux deux autres religions présentes à Jérusalem. Le nombre 5 donne la clé des lectures par les plaies du Christ.
Questions fréquentes
Que signifie la croix de Jérusalem ?
Elle représente la Terre sainte chrétienne. Les cinq croix sont interprétées comme les cinq plaies du Christ en croix, ou comme Jésus accompagné des quatre évangélistes. Une autre lecture y voit la bonne nouvelle partie de Jérusalem vers les quatre points cardinaux.
Pourquoi la croix de Jérusalem a-t-elle cinq croix ?
Le nombre renvoie aux cinq blessures de Jésus : les mains, les pieds et le côté percé par la lance. La grande croix centrale correspondrait à la plaie du côté, les quatre petites aux membres. Cette explication est traditionnelle, sans texte médiéval qui la fixe lors de la création des armoiries.
Quel pays a la croix de Jérusalem sur son drapeau ?
La Géorgie. Son drapeau, officiel depuis 2004, montre une grande croix rouge de saint Georges sur fond blanc et quatre petites croix rouges dans les angles. Le dessin s'inspire d'un étendard médiéval géorgien et rappelle la croix de Jérusalem sans en être une copie exacte.
Que signifie un tatouage croix de Jérusalem ?
Traditionnellement, il prouve un pèlerinage en Terre sainte : les pèlerins le faisaient faire à Jérusalem avant de rentrer chez eux. Aujourd'hui, il exprime aussi la foi chrétienne, l'attachement aux Églises d'Orient ou le souvenir d'un voyage marquant.