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Le cheval noir, entre famine biblique, deuil et puissance cachée

Le cheval noir symbolise la force obscure : le manque et la mort dans la tradition biblique, mais aussi la puissance discrète et l'outsider qu'on n'attendait pas. Il porte le troisième cavalier de l'Apocalypse, tirait les corbillards du XIXe siècle, et orne pourtant des emblèmes de ville, de banque ou d'automobile.

Origine du symbole du cheval noir

Le texte fondateur est le chapitre 6 de l'Apocalypse. À l'ouverture du troisième sceau, un cavalier monté sur un cheval noir tient une balance, et une voix annonce le prix exorbitant du blé et de l'orge, tout en ordonnant d'épargner l'huile et le vin : c'est la famine, ou du moins la cherté qui frappe les pauvres. Cette image a nourri les gravures de Dürer et d'innombrables enluminures. Le noir, couleur du deuil dans l'Europe chrétienne, a ensuite fait du cheval noir l'animal des funérailles : du XVIIIe au début du XXe siècle, les corbillards des familles aisées étaient tirés par des chevaux noirs empanachés, souvent des frisons, race néerlandaise très recherchée pour cet usage.

Les sens du cheval noir selon le contexte

ContexteImageSens
ApocalypseTroisième cavalier à la balanceFamine, injustice économique
FunéraillesAttelage noir à plumetsDeuil, dignité du défunt
HéraldiqueCheval de sable (noir)Force, ville d'élevage
Banque et automobileLloyds, Porsche, FerrariSolidité, puissance
Expression anglaise dark horseConcurrent inconnuSurprise, talent caché
Littérature jeunesseBlack BeautyDignité, souffrance animale

Le même animal passe ainsi du fléau au prestige : tout dépend de ce que le noir évoque dans la culture qui l'emploie, le deuil, la nuit ou simplement l'élégance d'une robe sombre et lustrée.

Sens spirituel et psychologique

Dans l'imagerie chrétienne, le cheval noir se situe entre la guerre du cheval rouge et la mort du cheval pâle : il ne tue pas directement, il mesure, pèse et rationne. Sa balance en fait une figure de la justice pervertie, celle qui affame les faibles au nom des comptes. Les lectures psychologiques actuelles, notamment d'inspiration jungienne, voient dans le cheval noir l'énergie instinctive non reconnue, qu'on craint parce qu'on ne la contrôle pas encore. Platon, dans le Phèdre, décrivait déjà le cheval rétif de l'attelage de l'âme comme sombre de robe, par opposition au cheval blanc docile. Le cheval noir parle donc moins du mal que de la part de soi qu'il faut apprivoiser.

Le cheval noir comme emblème

Stuttgart porte dans ses armes un cheval noir cabré sur fond or, en souvenir du haras qui a donné son nom à la ville ; Porsche l'a placé au cœur de son écusson. Le cavallino de Ferrari est lui aussi noir, sur fond jaune. La banque britannique Lloyds utilise depuis le XIXe siècle un cheval noir, repris d'une enseigne de la City. En littérature, le roman d'Anna Sewell, Black Beauty (1877), raconte la vie d'un cheval noir maltraité puis sauvé ; il a joué un rôle dans la sensibilisation au bien-être animal. En anglais, un dark horse désigne un outsider ; l'expression est souvent rapportée à un roman de Benjamin Disraeli de 1831.

Le cheval noir en tatouage

Ce motif se travaille volontiers en aplat d'encre ou en noir et gris très contrasté, ce qui met en valeur la crinière et les muscles. Monté par un cavalier squelettique tenant une balance, il appartient à l'imagerie apocalyptique prisée des amateurs de métal et de dark art, en grande pièce sur le dos ou le mollet. Seul et cabré, il affirme une force intérieure qui s'est révélée tardivement, dans l'esprit du dark horse. Les attelages de corbillard, avec plumets et lanternes, se retrouvent dans les compositions gothiques et victoriennes. Le frison à longue crinière ondulée, enfin, attire ceux qui veulent un portrait réaliste et élégant, sur l'avant-bras ou l'épaule.

Contresens et précautions

Le mot anglais nightmare et le français « cauchemar » ne viennent pas de la jument : la « mare » y désigne un esprit malfaisant qui pèse sur la poitrine du dormeur. L'image du cheval noir de cauchemar est donc un rapprochement moderne, popularisé notamment par le tableau de Füssli, Le Cauchemar (1781), où une tête de cheval apparaît derrière le rideau. Autre confusion : le cheval noir de l'Apocalypse n'est pas celui de la Mort, qui monte un cheval « pâle » ou verdâtre. Enfin, un cheval noir croisé dans un pré n'annonce rien : c'est une robe répandue dans de nombreuses races.

Symboles proches

Le cheval blanc, premier cavalier de l'Apocalypse, forme le contrepoint lumineux du cheval noir, et le cheval en général règne sur les blasons. La faucheuse est la figure de la mort qui chevauche parfois le cheval pâle. Le chat noir partage la mauvaise réputation liée à la couleur. Le portrait psychologique prêté au cheval figure sur la page cheval animal totem, les songes équestres sur rêver de cheval, et le sens du noir sur la page de la couleur noire.

Questions fréquentes

Que symbolise le cheval noir de l'Apocalypse ?

Monté par le troisième cavalier, qui tient une balance, il représente la famine et la cherté des vivres. Une voix fixe un prix exorbitant pour le blé et l'orge, signe d'une pénurie qui frappe d'abord les pauvres. Il se place entre le cheval rouge de la guerre et le cheval pâle de la mort.

Que veut dire dark horse ?

En anglais, un dark horse est un concurrent peu connu qui crée la surprise, en course hippique d'abord, puis en politique et dans le sport. L'image est celle d'un cheval dont on ignore les performances. On cite souvent un roman de Benjamin Disraeli, The Young Duke (1831), comme première attestation de ce sens.

Quel message porte un cheval noir tatoué ?

Il exprime une puissance brute, souvent assumée tardivement, le goût du mystère ou l'esthétique sombre. Avec un cavalier et une balance, il renvoie à l'Apocalypse ; attelé à un corbillard, au deuil et à l'univers victorien. Seul et cabré, il se lit comme la revanche d'un outsider qui a fini par s'imposer.

Pourquoi les corbillards étaient-ils tirés par des chevaux noirs ?

Le noir est la couleur du deuil en Europe depuis la fin du Moyen Âge, et les pompes funèbres assortissaient chevaux, harnais, plumets et draperies. Les familles aisées louaient des attelages de chevaux noirs, souvent de race frisonne, pour marquer leur rang. Les fourgons automobiles ont pris le relais au siècle suivant.