Le cheval blanc, monture des vainqueurs, des sauveurs et des princes
Le cheval blanc symbolise la victoire, la pureté et l'arrivée d'un sauveur : c'est la monture du héros qui triomphe. Dans l'Apocalypse, il porte pourtant un cavalier ambigu, conquérant ou messager divin selon les lectures. Du prince charmant aux portraits de Napoléon, le motif sert surtout à désigner celui qu'on attend.
Origine du symbole du cheval blanc
Les chevaux blancs sont associés au sacré dans de nombreuses sociétés anciennes. Tacite rapporte que les Germains nourrissaient dans des bois sacrés des chevaux blancs dont on observait les hennissements pour connaître l'avenir. Chez les Slaves de la Baltique, le chroniqueur Saxo Grammaticus décrit au XIIe siècle le cheval blanc du dieu Svantevit, à Arkona, lui aussi utilisé pour la divination. L'Inde annonce Kalki, dernier avatar de Vishnou, qui viendra à la fin de l'âge sombre monté sur un cheval blanc, l'épée à la main. Le christianisme, enfin, fixe l'image dans l'Apocalypse de Jean : le cheval blanc y ouvre la série des quatre cavaliers, puis revient à la fin du livre sous le « Fidèle et Véritable » qui vient juger le monde.
Les cavaliers au cheval blanc
| Source | Cavalier | Sens |
|---|---|---|
| Apocalypse 6 | Premier cavalier, arc et couronne, « en vainqueur et pour vaincre » | Conquête, ou progression de l'Évangile selon les commentateurs |
| Apocalypse 19 | « Fidèle et Véritable », suivi des armées du ciel | Christ vainqueur à la fin des temps |
| Hindouisme | Kalki | Fin d'un cycle cosmique et renouveau |
| Iconographie chrétienne | Saint Georges, saint Jacques « matamore » | Combat victorieux contre le mal |
| Contes et chansons | Prince charmant | Sauveur amoureux idéalisé |
| Portraits officiels | Souverains et généraux | Victoire, légitimité, prestige |
Sens spirituel du cheval blanc
Le blanc est la couleur de la lumière, de la sainteté et des vêtements des élus dans l'Apocalypse. Associé au cheval, animal de la force et de la vitesse, il signifie une puissance mise au service du bien, qui arrive d'en haut. Le premier cavalier pose cependant une difficulté que les théologiens discutent depuis l'Antiquité : Irénée de Lyon y voyait le Christ, d'autres un conquérant terrestre ou une imitation trompeuse du Messie, puisque les trois cavaliers suivants apportent guerre, famine et mort. Cette ambivalence est précieuse : le cheval blanc promet la victoire, mais il ne dit pas encore de quel côté elle penche. L'ésotérisme d'aujourd'hui le lit plutôt comme un signe de clarté intérieure et d'énergie retrouvée.
Le cheval blanc des rois et des généraux
Napoléon a monté plusieurs chevaux clairs, dont Marengo, étalon arabe gris capturé en Égypte selon la tradition ; son squelette est exposé au National Army Museum de Londres. Le célèbre tableau de David, Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard, le montre sur un cheval cabré, alors qu'il a franchi le col sur une mule, comme l'a rappelé Paul Delaroche en 1850. En France, la devinette « De quelle couleur était le cheval blanc d'Henri IV ? » est devenue proverbiale ; le roi est surtout associé à son « panache blanc » à la bataille d'Ivry, en 1590. Dans le commerce, le château Cheval Blanc de Saint-Émilion et le whisky White Horse ont repris l'image de prestige.
Le cheval blanc en tatouage
Comme pour tous les animaux blancs, le tatoueur joue sur la réserve de peau, les contours et quelques rehauts d'encre blanche. Le cheval blanc cabré, crinière au vent sur fond de nuages ou de soleil, exprime un espoir de victoire ou la sortie d'une épreuve. Le cavalier de l'Apocalypse, en style gravure ou dark art, attire les amateurs d'imagerie biblique et de métal. Les jeunes filles et les femmes choisissent parfois un cheval blanc en hommage à un poney d'enfance ou à un cheval disparu, avec une étoile ou des ailes. Les chevaux blancs géants taillés dans la craie des collines anglaises inspirent enfin des versions très stylisées, en quelques lignes, sur le bras ou la cheville.
Contresens et précautions
En hippologie, la plupart des chevaux qu'on appelle blancs sont en réalité gris : ils naissent foncés et blanchissent avec l'âge. C'est le cas des lipizzans de l'École espagnole de Vienne et des chevaux de Camargue, dont les poulains sont noirs ou bruns. Les vrais chevaux blancs, dont la peau est rose sous le poil dès la naissance, sont rares. Autre précaution : le « prince sur son cheval blanc » est devenu une expression ironique pour dénoncer l'attente passive d'un sauveur. Enfin, citer le premier cavalier de l'Apocalypse comme symbole de paix est discutable, puisqu'il porte un arc et part conquérir.
Symboles proches
Le cheval sans couleur particulière relève des emblèmes et des blasons ; le cheval noir, troisième cavalier de l'Apocalypse, en est l'opposé. La licorne partage la blancheur et la pureté, Pégase l'élévation. Le cerf blanc guide lui aussi le héros vers l'aventure. Pour la lecture générale de l'animal, voyez le cheval animal totem et rêver de cheval ; pour la couleur, la couleur blanche.
Questions fréquentes
Que symbolise le cavalier sur le cheval blanc de l'Apocalypse ?
Il porte un arc, reçoit une couronne et part « en vainqueur et pour vaincre ». Certains commentateurs y voient le Christ ou la diffusion de l'Évangile, d'autres un conquérant, voire un faux messie, puisqu'il ouvre la série des fléaux. Un autre cavalier sur un cheval blanc, plus loin dans le livre, désigne en revanche clairement le Christ victorieux.
De quelle couleur était le cheval blanc d'Henri IV ?
La réponse attendue est évidemment « blanc » : c'est une devinette destinée à piéger l'étourdi, qui cherche une information cachée dans une question qui contient sa réponse. Henri IV reste associé au blanc par son panache, qu'il invita ses troupes à suivre lors de la bataille d'Ivry, en 1590.
Que signifie un tatouage de cheval blanc ?
Il traduit l'espoir, la victoire après une épreuve, la pureté ou la liberté. Cabré et lumineux, il affirme une force retrouvée ; monté par un cavalier de l'Apocalypse, il prend une teinte biblique et plus sombre. Il rend aussi souvent hommage à un cheval aimé, parfois avec des ailes ou une étoile.
Les chevaux blancs sont-ils vraiment blancs ?
Le plus souvent, non : ce sont des chevaux gris qui ont blanchi avec l'âge, comme les lipizzans ou les camarguais, nés avec une robe sombre. Les chevaux réellement blancs dès la naissance, à peau rose, existent mais sont rares. Les cavaliers parlent donc de « gris clair » là où le public voit un cheval blanc.