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La licorne dans les blasons, les grimoires et les tatouages

La licorne symbolise la pureté indomptable : une force que nul ne peut capturer, sauf par la douceur ou l'innocence. Cette idée en a fait une image du Christ, un emblème royal écossais, un signe alchimique de l'esprit et une enseigne de pharmacie. Sa vogue colorée récente en a ajouté un sens plus ludique.

Origine de la licorne comme emblème

Après les descriptions antiques, c'est le christianisme médiéval qui transforme l'animal en symbole construit. Les bestiaires racontent que seule une vierge peut l'attirer et l'endormir sur ses genoux, ce qui en fait une figure de l'Incarnation. À la fin du XVe siècle, surtout dans les pays germaniques, apparaît la « chasse mystique » : l'archange Gabriel sonne du cor et lance des chiens nommés d'après des vertus, pour rabattre la licorne vers la Vierge assise dans un jardin clos. Au même moment, l'Écosse adopte l'animal : les rois de la dynastie Stuart en font le support de leurs armes et le frappent sur une monnaie d'or appelée unicorn. En 1603, l'union des couronnes place la licorne écossaise face au lion anglais.

Les visages de la licorne selon l'usage

UsageReprésentationSens
Art chrétienLicorne réfugiée auprès de la ViergeIncarnation, pureté
Héraldique écossaiseLicorne couronnée et enchaînéeForce sauvage maîtrisée, royauté
AlchimieLicorne et cerf dans une forêtEsprit et âme réunis
PharmacieEnseigne à la licorneRemède, protection contre le poison
Cabinets de curiosités« Cornes » de narvalRareté, richesse princière
Culture pop depuis 2010Licorne pastel et arc-en-cielFantaisie, joie, singularité

Sens spirituel et alchimique

Dans le Livre de Lambsprinck, traité alchimique publié à la fin du XVIe siècle, une gravure montre un cerf et une licorne dans une forêt : le texte explique que l'âme et l'esprit doivent être réunis dans le corps, symbolisé par le bois. La licorne y figure l'esprit, principe subtil et insaisissable. La tradition chrétienne voyait dans sa corne unique l'unité de Dieu et le pouvoir du Christ de purifier le mal, à l'image de la corne qui, plongée dans une source empoisonnée, la rendait potable. Les lectures spirituelles actuelles retiennent l'idée d'une part de soi intacte, que les compromis n'atteignent pas, et d'un idéal qu'on protège plutôt qu'on n'exhibe.

La licorne en héraldique et en objet

Sur les armes royales du Royaume-Uni, la licorne porte une couronne au cou d'où part une chaîne d'or ; on explique souvent cette chaîne par la réputation d'indomptabilité de l'animal, sans source officielle qui la justifie. Les croix de marché de plusieurs bourgs écossais sont surmontées d'une licorne. En Allemagne, de nombreuses pharmacies s'appellent encore Einhorn-Apotheke, héritage de la vente de poudre de corne comme antidote. Au château de Rosenborg, à Copenhague, le trône de couronnement des rois de Danemark, réalisé au XVIIe siècle, est fait de défenses de narval que l'on présentait comme des cornes de licorne. La licorne pastel est enfin devenue un produit de consommation massif, des peluches aux boissons colorées.

La licorne en tatouage

En dehors des licornes arc-en-ciel et des références aux tapisseries, plusieurs choix portent un message particulier. La licorne héraldique écossaise, dressée, couronnée et enchaînée, affirme une origine ou un attachement à l'Écosse. La licorne à la chaîne brisée détourne ce motif pour dire une liberté reconquise. La licorne squelettique ou à la crinière de flammes, en style dark, joue sur le contraste entre innocence et noirceur. Les lecteurs de fantasy choisissent volontiers l'héroïne de La Dernière Licorne ou celles de Harry Potter, dont le sang maudit celui qui le boit. Les emplacements vont de l'avant-bras au flanc, et la corne en spirale se prête aux détails fins.

Contresens et précautions

Marco Polo, qui croyait voir des licornes à Sumatra, décrivait en réalité des rhinocéros, en notant qu'ils ne ressemblaient en rien à la légende et ne se laissaient pas prendre par des jeunes filles. Une licorne ailée n'est ni Pégase ni une licorne classique : c'est une créature moderne, que les fans appellent parfois « alicorne ». Les « cornes de licorne » vendues anciennement étaient des défenses de narval, et le commerce actuel de l'ivoire de narval est strictement encadré. Enfin, une licorne pastel sur un tatouage d'adulte est souvent un choix ironique ou identitaire assumé, pas un motif enfantin.

Symboles proches

Pégase, cheval ailé, est souvent confondu avec la licorne. Le lion lui fait face sur les armes britanniques, le cerf blanc partage la blancheur inaccessible et le cheval blanc la silhouette. Le caractère prêté à la créature et son parcours depuis Ctésias sont traités sur la page licorne animal totem, les songes sur rêver de licorne et le pictogramme sur l'emoji licorne.

Questions fréquentes

Depuis quand la licorne représente-t-elle l'Écosse ?

Les rois d'Écosse l'ont adoptée dès le XVe siècle comme support de leurs armes et sur des pièces d'or. Animal réputé noble, pur et impossible à capturer, elle convenait à un royaume fier de son indépendance. Depuis l'union des couronnes de 1603, elle fait face au lion anglais sur les armoiries royales.

Pourquoi la licorne est-elle enchaînée sur les armoiries ?

La licorne héraldique écossaise porte une couronne autour du cou, reliée à une chaîne. On l'explique d'ordinaire par la réputation d'animal indomptable de la licorne : l'enchaîner montrait la puissance du roi capable de la maîtriser. Cette lecture est traditionnelle, mais aucun texte officiel ne fixe le sens exact de la chaîne.

Que signifie un tatouage licorne ?

Il exprime la singularité, la pureté, la fantaisie ou une liberté farouche. Enchaînée et couronnée, la licorne renvoie à l'Écosse ; libérée de sa chaîne, à une émancipation ; sombre ou squelettique, au contraste entre innocence et noirceur. Pastel et arc-en-ciel, elle revendique la joie ou une identité assumée.

Que symbolise la licorne en alchimie ?

Dans plusieurs traités, la licorne représente l'esprit, principe volatil et insaisissable, souvent associé au cerf qui figure l'âme. Réunis dans une forêt, symbole du corps, ils expriment l'union des principes nécessaire à l'œuvre. Le Livre de Lambsprinck, publié à la fin du XVIe siècle, en donne l'image la plus connue.