Thaïs : un prénom antique entre courtisane et sainte
Thaïs est un prénom grec ancien au sens incertain : une hypothèse sérieuse y voit l'égyptien Ta-Isis, « celle qui appartient à Isis ». Les traductions « la contemplée » ou « la belle » sont avancées sans preuve. Porté par une courtisane d'Alexandre puis par une pénitente d'Égypte, il se fête le 8 octobre.
Une étymologie obscure
Le nom Thaïs est bien attesté dans le monde grec à partir du IVe siècle av. J.-C., y compris en Égypte hellénistique, mais il ne correspond à aucun mot grec évident. Une hypothèse avancée par des spécialistes de l’onomastique fait dériver le nom de l'égyptien Ta-Iset ou Ta-Isis, « celle d'Isis », formation courante dans les noms théophores égyptiens. Les livres de prénoms proposent d'autres lectures, comme « celle que l'on regarde » ou « la belle », rattachées à des verbes grecs de la vision : elles ne reposent sur aucune démonstration. Le tréma sur le i, en français, indique qu'il faut prononcer « ta-ïss » en deux syllabes, et non « tè ».
Thaïs d'Athènes et l'incendie de Persépolis
La première Thaïs célèbre est une hétaïre athénienne qui suivit l'armée d'Alexandre le Grand en Asie. Selon Plutarque et Diodore de Sicile, lors d'un banquet à Persépolis en 330 av. J.-C., elle aurait incité le roi, pris de vin, à mettre le feu au palais des souverains perses, en représailles de l'incendie d'Athènes par Xerxès. L'historicité de son rôle est discutée, mais l'épisode a fasciné. Thaïs devint ensuite la compagne de Ptolémée, futur roi d'Égypte, dont elle eut des enfants. Dryden, en Angleterre, en a fait l'héroïne d'une ode célèbre.
Sainte Thaïs, la courtisane repentie
La tradition chrétienne connaît une autre Thaïs, courtisane d'Égypte au IVe siècle. Selon sa légende, un ermite, souvent nommé Paphnuce, se rendit chez elle et la convainquit de changer de vie. Elle brûla ses richesses, s'enferma pendant trois ans dans une cellule d'un monastère pour y faire pénitence, et mourut peu après sa sortie. Le ménologe grec la commémore le 8 octobre, date retenue en France pour fêter les Thaïs, alors que son nom ne figure pas au martyrologe romain. Les historiens considèrent ce récit comme un conte édifiant plus que comme une biographie, mais il a nourri une abondante littérature.
Le caractère prêté à Thaïs
Les recueils de prénoms dessinent le portrait d'une femme séduisante et indépendante, intuitive, passionnée, capable de remises en question profondes et de choix radicaux. On la dit aussi éprise d'art et de la beauté. Ce portrait combine les deux Thaïs, la courtisane brillante et la pénitente. Il appartient à la tradition des prénoms et ne saurait constituer une description psychologique.
Thaïs chez Anatole France et Massenet
En 1890, Anatole France publie Thaïs, roman ironique où le moine Paphnuce, qui a converti la courtisane d'Alexandrie, se découvre dévoré par le désir au moment où elle atteint la sainteté. Jules Massenet en tire un opéra créé à l'Opéra de Paris en 1894. Son intermède pour violon et orchestre, la « Méditation », qui accompagne la conversion de l'héroïne, est devenu l'une des pages les plus jouées du répertoire. C'est souvent par cette musique que le grand public connaît le prénom.
Popularité en France
Resté très rare jusqu'aux années 1980, Thaïs progresse pendant la décennie 1990, dans la mode des prénoms courts, antiques et singuliers. L'Insee le montre en hausse après 2000, puis bien installé dans les années 2010, sans jamais devenir un prénom très répandu. Au Brésil, la forme Thaís est en revanche courante depuis plusieurs décennies. En France, le prénom conserve une image à la fois littéraire et originale, sans être perçu comme excentrique.
Variantes et prénoms proches
| Forme | Langue ou usage |
|---|---|
| Thaïs | Français |
| Thaís, Taís | Portugais du Brésil |
| Thais | Anglais, espagnol, sans tréma |
| Thaisa | Anglais, chez Shakespeare |
| Taïs | Graphie simplifiée |
Shakespeare a nommé Thaisa l'épouse du héros de Périclès, prince de Tyr. Pour un prénom grec aussi bref et aussi ancien, les parents regardent également Cléo, Iris ou Naïs, dont la sonorité est voisine. Le prénom, déjà très court, se passe en général de diminutif.
Thaïs en numérologie
| T | H | A | I | S | Total |
|---|---|---|---|---|---|
| 2 | 8 | 1 | 9 | 1 | 21 |
Le calcul donne 21, puis 2 + 1 = 3. Associé à l'expression artistique, à l'aisance sociale et au goût de plaire, le nombre d'expression 3 rejoint l'image de la courtisane lettrée plus que celle de la pénitente. La graphie Taïs, sans h, tomberait sur 13, soit 4. On se gardera d'en tirer des conclusions.
Questions fréquentes
Comment prononcer Thaïs ?
On prononce « ta-ïss », en deux syllabes, avec un s final sonore. Le h reste muet et le tréma sépare le a du i, comme dans maïs. La prononciation « tèss », parfois entendue, est fautive. Au Brésil, Thaís se dit « ta-iss », avec l'accent sur la seconde syllabe.
Quelle est la fête des Thaïs ?
Le 8 octobre, jour où l'on honore sainte Thaïs, courtisane égyptienne du IVe siècle convertie selon la légende par un ermite. Son histoire, rapportée par les vies des Pères du désert, tient davantage du récit édifiant que de la biographie vérifiée.
Thaïs est-il un prénom grec ?
Il est grec par son usage antique, mais pas forcément par son origine. Le nom était porté notamment en Égypte à l'époque hellénistique, et plusieurs chercheurs le rattachent à l'égyptien Ta-Isis, « celle d'Isis ». Les sens grecs proposés dans les livres de prénoms ne sont pas démontrés.