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La digitale pourpre, fleur superbe et redoutablement toxique

La digitale symbolise l'ambivalence : beauté et danger, remède et poison. La floriographie lui associe souvent l'insincérité. Ce double sens repose sur un fait : la plante est très toxique, et c'est d'elle que la médecine a tiré la digitaline, étudiée par William Withering dès 1785.

Des fleurs en forme de doigtier

La digitale pourpre (Digitalis purpurea) dresse en début d'été de hautes hampes garnies de fleurs tubulaires pendantes, toutes tournées du même côté. On peut glisser le bout d'un doigt dans chaque corolle : le nom latin Digitalis vient de digitus, « doigt », et la plante a longtemps été appelée « gant de Notre-Dame » ou « doigtier ». L'intérieur des fleurs est ponctué de taches sombres cerclées de clair, qui guident les bourdons vers le nectar. Plante bisannuelle, elle forme la première année une rosette de feuilles duveteuses et ne fleurit que la seconde, souvent dans les clairières et les lisières sur sol acide.

Une plante très toxique

Toutes les parties de la digitale contiennent des hétérosides cardiotoniques, des substances qui agissent directement sur le cœur. L'ingestion, même en faible quantité, peut provoquer des troubles digestifs, visuels et surtout des troubles graves du rythme cardiaque. Des intoxications sont survenues par confusion des feuilles, avant floraison, avec celles de plantes comestibles comme la consoude ou la bourrache. Portez des gants pour la manipuler au jardin, ne la plantez pas à portée de jeunes enfants et tenez les animaux à distance. En cas d'ingestion suspectée, appelez immédiatement un centre antipoison ou le 15 ; pour un animal, un vétérinaire.

Withering et la digitaline

En 1785, le médecin et botaniste anglais William Withering publia un traité consacré à la digitale, fruit d'une dizaine d'années d'observations. Il y décrivait son effet sur l'hydropisie, c'est-à-dire l'accumulation de liquide liée notamment à certaines maladies cardiaques, et insistait sur la difficulté de trouver la dose efficace sans provoquer d'intoxication. Au XIXe siècle, des chimistes isolèrent les principes actifs, dont la digitaline. Des molécules de cette famille sont encore prescrites aujourd'hui, sous contrôle médical strict. Cette histoire illustre la frontière étroite entre remède et poison ; elle ne justifie en aucun cas l'usage de la plante elle-même.

Signification selon la couleur

Couleur des clochettesNuance du message
Pourpre (sauvage)Ambivalence, séduction dangereuse, secret
RoseCharme trompeur, tendresse à manier avec prudence
BlancMise en garde, lucidité
Jaune pâle (autres espèces)Méfiance, jalousie dans les codes anciens
Abricot (variétés horticoles)Attrait pour l'étrange, originalité

Quelle que soit la teinte, le sens de fond reste celui de la mise en garde. Les variétés blanches, jaunes ou abricot, cultivées dans les jardins, sont tout aussi toxiques que la digitale pourpre sauvage.

Insincérité, fées et renards

Chez les auteurs anglais du XIXe siècle, la digitale signifie l'insincérité, en écho à une fleur séduisante qui cache un poison. Son nom anglais, foxglove, « gant de renard », a suscité des explications folkloriques : les fées auraient offert ces gants aux renards pour qu'ils rôdent sans bruit. L'origine réelle du mot reste discutée. La peinture s'en est aussi emparée : dans son portrait du docteur Gachet, en 1890, Van Gogh a placé un brin de digitale près du médecin, attribut de sa profession. L'hypothèse selon laquelle un traitement à la digitale aurait influencé la palette jaune du peintre n'a jamais été démontrée.

Offrir ou éviter la digitale

La digitale n'est pas une fleur de cadeau classique : son message de méfiance et sa toxicité la rendent délicate à offrir. Elle trouve sa place dans un jardin de sous-bois ou de cottage anglais, chez des jardiniers avertis, sans enfants en bas âge ni animaux curieux. En fleur coupée, elle impressionne dans un grand vase, à condition de bien se laver les mains ensuite et de ne pas la poser sur une table de repas. Pour un soignant, un pharmacien ou un passionné d'histoire des sciences, une gravure botanique de digitale est une alternative sans risque.

La digitale en tatouage et en rêve

Le tatouage de digitale plaît pour son esthétique gothique et sa silhouette verticale, le long des côtes ou de l'avant-bras. Il peut signifier la guérison après une épreuve, la dualité d'une personnalité, ou un avertissement : « belle mais pas inoffensive ». Rêvée en fleur, la digitale met en garde, selon les interprètes, contre une personne séduisante, ou une solution qui comporte un risque. La cueillir traduirait une attirance pour ce qui pourrait vous nuire. Voir aussi rêver de poison.

Questions fréquentes

La digitale est-elle mortelle ?

La digitale est l'une des plantes les plus toxiques des jardins européens. Son ingestion peut entraîner des troubles cardiaques graves, potentiellement mortels, selon la quantité et la personne. Toute ingestion, même d'une feuille, justifie d'appeler immédiatement un centre antipoison ou les secours, sans attendre de symptômes.

Digitale et digitaline : quel rapport ?

La digitaline est l'un des principes actifs extraits de la digitale au XIXe siècle. Son usage médical découle des travaux de William Withering, publiés en 1785. Les médicaments modernes de cette famille sont dosés avec précision et prescrits par un médecin ; la plante, elle, n'a rien d'un remède domestique.

Que signifie la digitale dans le langage des fleurs ?

On l'associe souvent à l'insincérité, parfois à l'ambition ou à la méfiance selon les recueils. Ce sens vient du contraste entre sa beauté et sa toxicité. Offrir une digitale pouvait donc passer pour un reproche voilé, d'où sa rareté dans les bouquets de cadeau.