signification.org

« Avoir la poisse » : sens, origine et expressions voisines

Avoir la poisse, c'est être poursuivi par la malchance, subir des ennuis qui s'enchaînent. Le mot est familier. On le rattache généralement au verbe « poisser », enduire de poix : la malchance serait ce qui colle à la peau et ne se détache plus, ce que confirme l'expression voisine « porter la poisse ».

Que veut dire « avoir la poisse » ?

Le train supprimé, puis le téléphone tombé dans une flaque, puis le rendez-vous annulé à l'arrivée : quand les contrariétés s'additionnent dans la même journée, on dit qu'on a la poisse. L'expression suppose une série, pas un incident isolé. Elle décrit une période, voire une réputation : certaines personnes passent pour avoir « toujours la poisse ».

La locution a une sœur active, « porter la poisse », qui signifie attirer le malheur sur les autres. Un objet, une date ou une personne peuvent « porter la poisse » selon les superstitions de chacun. On entend aussi « c'est la poisse ! », exclamation de dépit après un contretemps, et l'adjectif « poissard », qui qualifie familièrement quelqu'un de malchanceux.

Origine du mot « poisse »

« Poisse » est généralement rapproché du verbe « poisser », lui-même dérivé de « poix », substance collante tirée de la résine ou du goudron. Ce qui est poissé colle aux doigts. Le passage à la malchance s'explique bien par l'image : l'infortune adhère à la personne comme une matière gluante impossible à décoller.

Le chemin exact qui mène de la matière collante à la malchance, sans doute par l'intermédiaire de l'argot populaire, n'est pas documenté de façon assez sûre pour être retracé étape par étape. On se gardera donc d'avancer une date ou une filiation trop précise. Le sens de malchance, en tout cas, domine largement en français moderne. L'association entre ce qui colle et ce qui porte malheur se retrouve d'ailleurs dans d'autres formules, comme « ça me colle à la peau ».

Exemples d'emploi

La formule se conjugue au présent de l'état, mais aussi au passé pour résumer une mauvaise période.

  • Familier, au quotidien : « Crevaison sous la pluie et plus de batterie, j'ai vraiment la poisse aujourd'hui. »
  • Courant, en sport : « L'équipe a eu la poisse toute la saison, avec une série de blessures. »
  • Familier, superstition : « Ne pose pas ton chapeau sur le lit, ça porte la poisse. »
  • Soutenu, avec distance : « Le navigateur, qui semblait avoir la poisse, abandonna pour la troisième fois sur avarie. »

Registre et usage actuel

« Avoir la poisse » relève du registre familier. Il est très courant à l'oral et dans la presse sportive, où la malchance est un thème permanent. Dans un écrit soigné, on préférera « jouer de malchance », « être frappé par le sort » ou « connaître une série noire ». Le ton est souvent teinté d'humour, surtout à la première personne. Employée pour une vraie tragédie, la formule paraîtrait trop légère : elle convient aux contrariétés, pas aux drames.

Synonymes et expressions proches

« Avoir la guigne » est un synonyme familier un peu vieilli. « Ne pas avoir de bol », « pas de pot » ou « pas de veine » s'emploient pour une malchance ponctuelle. « Jouer de malchance » est plus neutre. « Tomber de Charybde en Scylla » décrit précisément l'enchaînement d'un malheur à un autre, parfois pire. Le contraire direct est « avoir la baraka ». On pense aussi au « chat noir », surnom de la personne qui semble attirer les ennuis, et aux gestes conjuratoires : toucher du bois, croiser les doigts.

Équivalents en anglais, espagnol et italien

LangueFormuleNature
Anglaisto be down on one's luckIdiome proche (période de malchance)
Anglaisto be jinxedIdiome proche (être porte-malheur ou frappé d'un sort)
Espagnoltener mala rachaIdiome proche (traverser une mauvaise passe)
Italienavere sfigaIdiome équivalent, familier

L'italien « sfiga », très familier, est le plus proche du français par le ton, et « sfigato » correspond presque exactement à « poissard ». L'anglais « jinx » rend bien le versant « porter la poisse ».

Erreurs fréquentes

On écrit « poisse » avec deux s ; « poise » est une ancienne unité physique sans rapport, et « poix » la matière collante d'origine. « Avoir la poisse » ne se confond pas avec « être dans la mouise » ou « dans la panade », qui désignent la gêne financière ou une situation difficile, sans idée de malchance répétée. Enfin, « porter la poisse » et « avoir la poisse » ne sont pas interchangeables : l'un attire le malheur sur autrui, l'autre le subit.

Questions fréquentes

D'où vient le mot poisse ?

On le rattache généralement au verbe « poisser », enduire de poix, cette matière résineuse et collante. La malchance serait ce qui colle à la personne sans la lâcher. Les étapes de ce glissement de sens restent mal documentées ; le sens de malchance est en revanche bien établi.

Que veut dire porter la poisse ?

Porter la poisse, c'est attirer la malchance sur les autres. Selon les superstitions, certains objets, gestes ou dates « portent la poisse » : passer sous une échelle, casser un miroir, le vendredi 13 pour certains. On le dit aussi, en plaisantant, d'une personne dont la présence semble coïncider avec les ennuis.

Quelle différence entre avoir la poisse et avoir la guigne ?

Les deux désignent une malchance persistante et relèvent du registre familier. « La guigne » sonne plus ancienne et s'entend moins chez les jeunes générations. « La poisse » reste très vivante et possède des dérivés courants, comme « poissard » et « porter la poisse », qui ont moins d'équivalents du côté de la guigne.