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« Tomber de Charybde en Scylla » : du mythe grec à l'expression

Tomber de Charybde en Scylla, c'est échapper à un danger pour en rencontrer un autre, souvent pire. Les deux noms désignent des monstres marins de l'Odyssée. La formule elle-même ne vient pas d'Homère, mais d'un vers latin du XIIe siècle devenu proverbial.

Que signifie « tomber de Charybde en Scylla » ?

L'expression décrit un enchaînement malheureux : en cherchant à éviter un problème, on se précipite dans un autre. Quitter un employeur tyrannique pour une entreprise qui fait faillite trois mois plus tard, fuir une location insalubre pour un logement dont le propriétaire ne rend jamais la caution : c'est tomber de Charybde en Scylla.

La nuance essentielle est la causalité. Le second malheur n'arrive pas par hasard après le premier ; il découle souvent de la manœuvre faite pour échapper au premier. L'expression suggère aussi que la situation initiale n'était peut-être pas la pire.

Origine : l'Odyssée et un vers latin

Dans le chant XII de l'Odyssée, la magicienne Circé avertit Ulysse qu'il devra franchir un détroit gardé par deux monstres. D'un côté, Scylla, créature à six têtes logée dans un rocher, qui saisit les marins au passage. De l'autre, Charybde, qui engloutit la mer trois fois par jour et recrache les eaux en un gouffre tourbillonnant. Ulysse choisit de longer Scylla et y perd six compagnons plutôt que de risquer le navire entier. La tradition antique a situé ce passage dans le détroit de Messine, entre la Sicile et la Calabre.

Chez Homère, pourtant, il n'est pas question de « tomber » de l'un dans l'autre. La formule vient d'un vers latin de l'Alexandréide, épopée composée vers 1180 par Gautier de Châtillon : « Incidis in Scyllam cupiens vitare Charybdim », « tu tombes dans Scylla en voulant éviter Charybde ». Le vers est devenu proverbial, Érasme l'a recueilli dans ses Adages, et le français l'a adopté presque mot pour mot.

Exemples d'emploi

  • Économie : « En sortant de la crise sanitaire pour entrer dans la crise énergétique, le secteur est tombé de Charybde en Scylla. »
  • Vie personnelle : « Après son déménagement, il est tombé de Charybde en Scylla : voisins bruyants et chauffage en panne. »
  • Sport : « Remplacer le gardien blessé par un novice, c'était tomber de Charybde en Scylla. »
  • Registre soutenu : « Le gouvernement, fuyant l'impopularité, tomba de Charybde en Scylla. »

Registre et usage actuel

La locution appartient au registre soutenu. On la rencontre dans la presse d'analyse, l'essai, le discours politique et la conversation cultivée. Elle suppose que l'auditoire comprenne l'allusion, ce qui la rend moins naturelle dans un échange très familier, où l'on dira « de mal en pis ». Son côté savant la fait parfois employer avec une pointe d'humour pour des déboires minuscules. Elle se conjugue à tous les temps, et l'on trouve aussi « aller de Charybde en Scylla » ou « passer de Charybde en Scylla ».

Synonymes et expressions proches

« Aller de mal en pis » et « tomber de mal en pis » expriment l'aggravation sans l'idée de fuite. « Se jeter dans la gueule du loup » désigne le fait d'aller soi-même vers le danger. « Être dans de beaux draps » décrit la situation difficile, et « ne pas être sorti de l'auberge » la durée des ennuis. « Tomber sur un os » se limite à un obstacle imprévu. « Être entre le marteau et l'enclume » est proche mais statique : on est coincé entre deux menaces, sans avoir encore basculé de l'une à l'autre.

Équivalents en anglais, espagnol et italien

LangueFormuleNature
Anglaisout of the frying pan into the fireÉquivalent idiomatique exact
Anglaisbetween Scylla and CharybdisIdiomatique, soutenu (entre deux dangers)
Espagnolsalir de Guatemala para entrar en GuatepeorÉquivalent idiomatique, plaisant
Italiencadere dalla padella nella braceÉquivalent idiomatique exact

L'anglais et l'italien partagent l'image de la poêle et des braises. L'espagnol joue sur le nom du Guatemala, dont il remplace la fin par « peor », pire.

Erreurs fréquentes

L'orthographe est un piège classique. On écrit « Charybde », avec un -y après le r et un -e final, et « Scylla », avec un -y et deux -l. Les graphies « Charibde », « Carybde », « Charybe », « Sylla » ou « Scilla » sont fautives. Les deux noms prennent une majuscule, puisque ce sont des noms propres. L'ordre compte aussi : on tombe « de Charybde en Scylla », d'après le vers latin, et non l'inverse. Enfin, l'expression ne s'applique pas à deux problèmes simultanés et indépendants.

Questions fréquentes

Qui sont Charybde et Scylla ?

Deux monstres de la mythologie grecque décrits dans l'Odyssée. Scylla, à six têtes, happe les marins depuis son rocher ; Charybde aspire et rejette la mer, formant un tourbillon mortel. Les Anciens les plaçaient de part et d'autre du détroit de Messine, entre la Sicile et l'Italie continentale.

D'où vient l'expression tomber de Charybde en Scylla ?

Les monstres viennent d'Homère, mais la formule vient d'un vers latin de Gautier de Châtillon, dans l'Alexandréide, vers 1180 : « Incidis in Scyllam cupiens vitare Charybdim ». Le vers, repris comme proverbe, a été traduit en français sous la forme que nous connaissons.

Comment écrire Charybde et Scylla ?

Écrivez « Charybde » avec « ch », un « y » et un « e » final, et « Scylla » avec « sc », un « y » et deux « l ». Les deux noms prennent une majuscule. Un moyen mnémotechnique : chacun contient un « y », souvenir de l'upsilon grec.