« Ne pas être sorti de l'auberge » : des ennuis loin d'être finis
Ne pas être sorti de l'auberge, c'est être encore loin d'en avoir fini avec une situation difficile : les obstacles restent nombreux et la solution n'est pas en vue. L'origine est discutée ; deux pistes principales existent, l'argot où « auberge » désignait la prison, et l'auberge d'autrefois, étape dont on ne repartait pas toujours facilement.
Que signifie « ne pas être sorti de l'auberge » ?
L'expression sert à constater, souvent avec un soupir, qu'un problème est loin d'être réglé. Elle s'emploie quand on mesure l'ampleur de ce qui reste à accomplir : des travaux qui révèlent de nouvelles malfaçons, une procédure administrative dont chaque étape en appelle une autre, une équipe menée au score à dix minutes de la fin. Elle annonce de la durée et de l'effort, pas une catastrophe immédiate.
La négation et le présent dominent largement, et souvent précédée d'un constat : « Il manque encore trois signatures, on n'est pas sortis de l'auberge. » Elle suppose que les difficultés sont réelles et sérieuses. Voilà la différence avec d'autres formules où l'on exagère un problème minuscule : ici, l'inquiétude est justifiée.
Origine : prison ou étape périlleuse ?
Aucune attestation ne permet de trancher, et il faut présenter les explications comme des hypothèses. La première, souvent avancée, passe par l'argot : « auberge » aurait désigné plaisamment la prison, lieu où l'on est logé et nourri sans l'avoir choisi. Ne pas être sorti de l'auberge reviendrait alors à ne pas être sorti de prison, donc à avoir encore de gros ennuis devant soi.
La seconde s'appuie sur l'auberge réelle, étape obligée des voyageurs d'autrefois. On pouvait y être retenu par une note plus élevée que prévu, par le mauvais temps, par un cheval à ferrer, voire y être détroussé : la réputation de certaines auberges de grand chemin n'était pas bonne. Tant qu'on n'en était pas reparti, le voyage restait compromis. Certains auteurs combinent les deux idées. Faute de source décisive, l'essentiel demeure l'image d'un lieu dont on n'arrive pas à s'extraire.
Exemples d'emploi
Le constat vaut pour les petits tracas comme pour les grands dossiers.
- Chantier : « Le plombier a trouvé une fuite derrière la cloison ; on n'est pas sortis de l'auberge. »
- Politique : « Avec trois partis à convaincre, le gouvernement n'est pas sorti de l'auberge. »
- Sport : « À 2-0 à la mi-temps, les Bleus ne sont pas encore sortis de l'auberge. »
- Ironie : « Si tu comptes finir ta thèse avant l'été, tu n'es pas sorti de l'auberge. »
Registre et usage actuel
La formule est familière, très fréquente en conversation comme dans les journaux, notamment sportive et politique, où elle résume en quelques mots une situation qui s'annonce longue. Sans vulgarité aucune, elle peut apparaître dans un article sérieux pour donner du relief. Dans un rapport ou un courrier formel, on lui préférera « les difficultés sont loin d'être résolues ».
Elle se prête bien à l'humour et à l'autodérision, parce qu'elle dramatise légèrement tout en restant bon enfant. Le pronom « on » est très courant, qui associe celui qui parle aux difficultés.
Synonymes et expressions proches
« Ne pas être au bout de ses peines », « ce n'est pas gagné », « on n'est pas rendus » (familier, surtout régional) et « il reste du chemin » sont les plus proches. « Avoir du pain sur la planche » insiste sur la quantité de travail sans l'idée de problème. « Être dans de beaux draps » décrit une mauvaise passe dont on est prisonnier. À ne pas confondre avec « se noyer dans un verre d'eau », qui moque au contraire celui qui s'affole pour une difficulté minime.
Équivalents en anglais, espagnol et italien
| Langue | Formule | Nature |
|---|---|---|
| Anglais | we're not out of the woods yet | Équivalent idiomatique (pas encore sortis du bois) |
| Espagnol | todavía queda mucho camino | Traduction du sens (il reste beaucoup de chemin) |
| Italien | non siamo ancora fuori pericolo | Traduction du sens (pas encore hors de danger) |
L'anglais propose une image étonnamment voisine : la forêt, comme l'auberge, est un lieu dont on n'est pas encore sorti. Pour l'espagnol et l'italien, nous donnons des traductions du sens plutôt que des idiomes dont l'équivalence exacte serait discutable.
Erreurs fréquentes
Le participe s'accorde avec le sujet : « elle n'est pas sortie de l'auberge », « nous ne sommes pas sortis de l'auberge ». L'expression ne se dit pas « sortir de l'auberge » à la forme positive pour annoncer une réussite, sauf par jeu. Elle ne signifie ni « rester chez soi » ni « ne pas avoir payé l'addition ». Enfin, un souci déjà réglé ne s'y prête pas : dès que l'issue est en vue, on dira plutôt qu'on « voit le bout du tunnel ».
Questions fréquentes
Quelle est l'origine de ne pas être sorti de l'auberge ?
L'origine est incertaine. Une hypothèse fréquente y voit l'argot où « auberge » désignait la prison : ne pas en être sorti, c'est avoir encore des ennuis. Une autre évoque l'auberge des voyageurs d'autrefois, où l'on pouvait être retenu ou dépouillé avant de reprendre la route. Aucune n'est prouvée.
Faut-il écrire sorti ou sortis de l'auberge ?
Construit avec « être », le participe prend le genre et le nombre du sujet. On écrit « il n'est pas sorti », « elles ne sont pas sorties » et, avec « on » désignant un groupe, l'accord au pluriel est admis : « on n'est pas sortis de l'auberge ».
Comment dire on n'est pas sortis de l'auberge en anglais ?
L'équivalent le plus naturel est « we're not out of the woods yet », qui signifie que le danger ou les difficultés ne sont pas terminés. L'image de la forêt dont on n'est pas sorti rejoint celle de l'auberge. « There's still a long way to go » est une traduction plus neutre.