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Le dragon d'Occident : monstre vaincu, emblème national et tatouage

En Europe, le dragon symbolise d'abord le mal et le chaos que le héros ou le saint doit vaincre ; il est aussi devenu un emblème de puissance guerrière et de fierté nationale. Cette figure diffère du dragon chinois, bienfaisant et maître des eaux, qui relève d'une autre tradition et d'une page distincte.

Origine du dragon européen

Le dragon occidental hérite des grands serpents du Proche-Orient et de la Grèce, mais sa silhouette ailée et griffue se fixe au Moyen Âge. L'Apocalypse fournit le modèle théologique : l'archange Michel y combat « le grand dragon, l'antique serpent », identifié à Satan. Au XIIIe siècle, la Légende dorée de Jacques de Voragine diffuse dans toute l'Europe le récit de saint Georges délivrant une princesse promise au monstre. Des dizaines de villes se dotent alors de leur dragon local, tué ou dompté par un saint fondateur : la Tarasque à Tarascon, le Graoully à Metz, le dragon du Wawel à Cracovie. En Grande-Bretagne, l'Historia Brittonum raconte le combat d'un dragon rouge et d'un dragon blanc sous une forteresse, lu comme la lutte des Bretons contre les Saxons.

Le dragon selon les usages

UsageExempleSens
Iconographie chrétienneSaint Michel, saint Georges, sainte MargueriteVictoire du bien sur le mal
Drapeau nationalDragon rouge du pays de Galles, dragon du BhoutanIdentité, résistance, souveraineté
Armoiries de villesLjubljana, Cracovie, DraguignanLégende fondatrice, protection
Ordre de chevalerieOrdre du Dragon (1408)Défense de la chrétienté
Proues de naviresTêtes sculptées des bateaux scandinavesEffroi, protection en mer
FantasySmaug, dragons des TargaryenAvidité, pouvoir héréditaire

Sens spirituel et psychologique

Dans la lecture chrétienne, terrasser le dragon, c'est vaincre le péché et le paganisme ; les saints sauroctones, « tueurs de reptiles », christianisent souvent un lieu marécageux ou un ancien culte. Le dragon qui dort sur son or, chez Tolkien comme dans les sagas nordiques, figure l'avidité stérile. La psychologie jungienne voit dans le combat contre le dragon l'épreuve par laquelle l'individu conquiert son autonomie. L'alchimie, enfin, utilise des dragons ailés et non ailés pour représenter les principes volatil et fixe de la matière. Les courants ésotériques contemporains inversent souvent le signe et font du dragon un gardien de sagesse, sous l'influence des traditions asiatiques.

Le dragon comme emblème

Le dragon rouge gallois, Y Ddraig Goch, figure sur le drapeau officiellement reconnu en 1959. À Ljubljana, capitale de la Slovénie, le dragon domine les armoiries et garde le pont du Dragon, inauguré en 1901. Le Bhoutan se nomme lui-même « pays du dragon-tonnerre ». En 1408, l'empereur Sigismond fonde l'ordre du Dragon ; le prince valaque Vlad II, qui y est admis, reçoit le surnom de Dracul, et son fils Vlad l'Empaleur celui de Drăculea, que Bram Stoker empruntera pour Dracula en 1897. La Catalogne célèbre chaque 23 avril la Sant Jordi en offrant livres et roses, souvenir du sang du dragon changé en fleurs.

Le dragon européen en tatouage

Le dragon occidental se reconnaît à son corps massif, à ses ailes membraneuses et à ses quatre pattes. Enroulé autour d'une épée ou transpercé par une lance, il évoque saint Georges, le combat intérieur ou la victoire sur une addiction ; couché sur un trésor, il parle de ce qu'on protège jalousement. Les dragons entrelacés à la manière des manuscrits irlandais et des pierres gravées scandinaves se déploient en bandeau sur le bras ou le mollet. Le dragon rouge gallois, seul ou dans un écusson, affirme une origine. Les fans de fantasy choisissent le dragon à trois têtes des Targaryen ou une silhouette de Smaug. Ce style, souvent réaliste ou gravure, se distingue nettement des grands dragons japonais serpentiformes.

Contresens et précautions

En héraldique anglaise, le dragon a quatre pattes et la wyvern, ou vouivre, n'en a que deux ; en héraldique française, la « guivre » désigne au contraire un serpent, comme celui des Visconti de Milan. Le mot « drakkar », pour désigner le navire viking, est une création française du XIXe siècle, bâtie sur un terme scandinave. Les régiments de dragons tirent leur nom d'une origine discutée, peut-être une arme à feu ornée d'une tête de dragon. Enfin, mêler dragon chinois et dragon européen dans un même tatouage n'est pas interdit, mais les deux symboles se contredisent : l'un bénit, l'autre menace.

Symboles proches

Le dragon chinois incarne la version bienveillante et impériale de la créature. Le serpent en est l'ancêtre, l'hydre une variante à plusieurs têtes, l'ouroboros un dragon qui se mord la queue, et le griffon un autre gardien de trésors. Le tempérament prêté au dragon comme allié figure sur la page dragon animal totem ; les songes, sur rêver de dragon ; le pictogramme, sur l'emoji tête de dragon.

Questions fréquentes

Que symbolise le dragon en Europe ?

Il représente le mal, le chaos, le paganisme ou les forces sauvages de la nature, que vainquent saint Michel, saint Georges et de nombreux saints locaux. Il symbolise aussi l'avidité, lorsqu'il garde un trésor. Devenu emblème national, notamment au pays de Galles, il exprime au contraire la force et la fierté d'un peuple.

Pourquoi le drapeau du pays de Galles a-t-il un dragon ?

Le dragon rouge est associé aux Bretons depuis le haut Moyen Âge : une légende rapportée au IXe siècle oppose un dragon rouge, figure des Bretons, à un dragon blanc, figure des Saxons. Les Tudors, d'origine galloise, l'ont utilisé sur leurs bannières. Le drapeau actuel a été officiellement reconnu en 1959.

Quel sens a un dragon occidental tatoué ?

Il exprime la puissance, le courage et parfois le combat contre ses propres démons. Transpercé par une lance, il évoque la victoire sur une épreuve ; couché sur un trésor, la garde jalouse d'un bien précieux ; entrelacé, un héritage celtique ou nordique. Le dragon gallois affirme une origine, celui des Targaryen une passion pour la fantasy.

Quel est le lien entre Dracula et le dragon ?

Le père de Vlad l'Empaleur, prince de Valachie, fut admis dans l'ordre du Dragon fondé en 1408 par l'empereur Sigismond, d'où son surnom de Dracul. Son fils fut appelé Drăculea, « fils de Dracul ». Bram Stoker a emprunté ce nom pour son vampire, même si le mot a aussi pris en roumain le sens de diable.