Le bambou, plie mais ne rompt pas : sens, peinture et tatouage
Le bambou symbolise la droiture, la souplesse face à l'adversité et l'humilité : il ploie sous le vent et la neige sans casser, et sa tige creuse évoque un esprit sans orgueil. En Chine, il compte parmi les plantes nobles, dites « quatre gentilshommes », qu'affectionnent les peintres lettrés ; au Japon, il accompagne les fêtes du Nouvel An et les vœux de Tanabata.
Origine historique du symbole
Plante omniprésente en Asie, utilisée pour bâtir, écrire, fabriquer des flûtes ou des pinceaux, le bambou est devenu en Chine un modèle moral pour les lettrés. Au IIIe siècle, les « Sept Sages de la forêt de bambous », poètes et penseurs qui fuyaient la vie de cour pour boire, jouer de la musique et discuter librement, en ont fait l'image de l'indépendance d'esprit. Le poète Su Shi, sous les Song, affirmait qu'on pouvait se passer de viande à table mais pas de bambou autour de sa maison, car sans lui l'homme devenait vulgaire. La peinture de bambou à l'encre s'est développée à la même époque : on prête au peintre Wen Tong l'origine de l'expression chinoise « avoir le bambou déjà formé dans la poitrine », c'est-à-dire concevoir entièrement une œuvre avant de la tracer.
Le bambou parmi les plantes emblèmes
| Ensemble | Composition | Sens du bambou |
|---|---|---|
| Quatre gentilshommes | Prunier, orchidée, bambou, chrysanthème | Été ; intégrité du lettré |
| Trois amis de l'hiver | Pin, bambou, prunier | Fidélité et résistance dans l'adversité |
| Japon, shō-chiku-bai | Pin, bambou, prunier | Bon augure, classement de qualité des menus et cadeaux |
| Japon, kadomatsu | Tiges de bambou coupées et branches de pin à l'entrée des maisons | Accueil des divinités du Nouvel An |
| Vietnam | Haies de bambou autour des villages | Communauté, endurance du peuple |
La langue chinoise renforce ces lectures par des jeux de mots : le même caractère désigne les nœuds de la tige et l'intégrité morale, et « cœur vide », à propos de la tige creuse, signifie aussi modeste.
Sens spirituel
Le taoïsme valorise ce qui cède pour durer : l'eau qui contourne l'obstacle, l'herbe qui plie sous le vent. Le bambou en est l'image végétale, capable de supporter une lourde neige et de se redresser quand elle tombe. Le bouddhisme chan et zen y lit le vide intérieur qui rend disponible. La croissance rapide de certaines espèces, qui gagnent près d'un mètre par jour, a été associée à la vitalité et à la réussite ; une fable souvent répétée dans le développement personnel raconte au contraire qu'il faudrait arroser un bambou des années avant de le voir sortir de terre, image de la patience récompensée, qui simplifie beaucoup la réalité botanique. Au Japon, le Conte du coupeur de bambou, récit du Xe siècle, fait naître la princesse Kaguya d'une tige lumineuse.
Le bambou en tatouage
Le bambou se prête aux lignes verticales : le long de la colonne, du flanc, de l'avant-bras ou du mollet, avec des feuilles en pointe qui équilibrent la composition. Le style inspiré du lavis à l'encre, en noir et gris avec des pleins et des déliés, est le plus apprécié ; la couleur verte donne un rendu plus naturaliste. Le bambou accompagne souvent un tigre, motif classique de l'art chinois et japonais, un panda, une grue ou un moine. Ses porteurs y cherchent la résilience, la capacité à plier sans rompre, la modestie ou un lien avec l'Asie. Dans le tatouage traditionnel thaïlandais sak yant, l'encre était autrefois appliquée avec une longue tige de bambou effilée.
Le bambou en objet et en décoration
Pinceaux, flûtes shakuhachi, fouets à thé, nattes et paniers : l'objet en bambou porte le symbole dans le quotidien. Au Japon, pendant la fête de Tanabata, on suspend des vœux écrits sur des bandes de papier à des branches de bambou. Les rideaux, mobiliers et motifs textiles « bambou » évoquent en Occident le calme et le zen. Le bijou en bambou stylisé, bague ou bracelet articulé, imite les nœuds de la tige. En feng shui, les praticiens recommandent des nombres précis de tiges en pot selon le vœu recherché, en évitant le quatre, homophone du mot « mort » en chinois : c'est une croyance, sans effet démontré.
Contresens et précautions
Le « bambou porte-bonheur » vendu en jardinerie, aux tiges torsadées dans l'eau, n'est pas un bambou mais un dracéna, plante d'une autre famille. Le bambou véritable fleurit rarement, parfois après plusieurs décennies, et de nombreuses touffes d'une même espèce fleurissent en même temps puis meurent ; en Inde du Nord-Est, ces floraisons massives ont historiquement provoqué des pullulations de rats et des disettes, d'où une réputation de mauvais présage localement. Au jardin, certaines espèces traçantes envahissent les terrains voisins : prévoyez une barrière. Enfin, le panda n'est pas le seul symbole attaché au bambou, et associer systématiquement la plante à la Chine néglige le Japon, la Corée et l'Asie du Sud-Est.
Symboles proches
Le yin-yang exprime l'équilibre entre souplesse et force que le bambou illustre. Le lotus est l'autre grande plante de la pureté asiatique, et le chrysanthème japonais complète les emblèmes floraux. Le tigre japonais se représente souvent dans un bosquet de bambous. Le panda, qui s'en nourrit presque exclusivement, et le jade, pierre de la vertu, sont très présents dans la même imagerie.
Questions fréquentes
Que symbolise le bambou en Chine ?
Il symbolise l'intégrité, la droiture et la modestie du lettré, grâce à sa tige droite, ses nœuds et son intérieur creux. Membre des « quatre gentilshommes » de la peinture et des « trois amis de l'hiver », il représente aussi la fidélité et la résistance face aux épreuves, puisqu'il reste vert toute l'année.
Que signifie un tatouage de bambou ?
Il exprime la résilience, la capacité à plier sans se briser, la patience et l'humilité. On le choisit volontiers au sortir d'une période éprouvante, ou pour un attachement à la philosophie asiatique. Associé à un tigre, il rappelle un thème classique de l'art d'Extrême-Orient ; avec un panda, il prend une tonalité plus douce.
Quels sont les quatre gentilshommes de la peinture chinoise ?
Ce sont quatre plantes que les peintres lettrés représentaient comme modèles de vertu : le prunier en fleur, qui brave la fin de l'hiver ; l'orchidée, discrète et parfumée ; le bambou, droit et souple ; le chrysanthème, qui fleurit tard en automne. Chacune correspond à une saison et sert d'exercice classique de peinture à l'encre.
Le bambou porte-bonheur est-il un vrai bambou ?
Non. Le « lucky bamboo » vendu en vase ou en tresse est un dracéna, Dracaena sanderiana, qui ressemble au bambou par ses tiges segmentées. Il est lié au feng shui, où le nombre de tiges est censé attirer chance, amour ou prospérité. Le vrai bambou appartient à la famille des graminées.