Lucien, de Lucius à Rubempré : sens, saint et retour du prénom
Lucien vient du latin Lucianus, « qui appartient à Lucius », nom romain traditionnellement rattaché à lux, « la lumière ». Son patron le plus honoré en France est saint Lucien, apôtre du Beauvaisis, fêté le 8 janvier. Prénom très courant autour de 1920, Lucien séduit de nouveau les parents depuis les années 1990.
Lucius, Lucianus, Lucien
Les Romains ne disposaient que d'une poignée de prénoms, et Lucius en était l'un des plus répandus. Les auteurs antiques l'expliquaient par lux, lucis, la lumière, certains affirmant qu'il désignait à l'origine un enfant venu au monde à l'aube ; ce rapprochement traditionnel reste plausible, sans pouvoir être tenu pour certain. À partir de Lucius, le latin a formé avec le suffixe -ianus le nom Lucianus, qui marque l'appartenance ou la filiation, comme Julianus sur Julius. Le français en a fait Lucien. On le distinguera de Lucas et Luc, que l'on rattache plutôt à la Lucanie, ni de Lucie, féminin direct de Lucius.
Lucien de Samosate, l'ironiste antique
Le plus ancien Lucien célèbre est un écrivain du IIe siècle, né à Samosate, sur l'Euphrate, dans l'actuelle Turquie. Rhéteur de langue grecque, il a laissé des dialogues satiriques qui se moquent des philosophes, des charlatans et des croyances de son temps. Son Histoire véritable, récit parodique d'un voyage jusqu'à la Lune, est souvent citée parmi les lointains ancêtres de la science-fiction. Ce voyage imaginaire a inspiré en France Cyrano de Bergerac et Voltaire, et le nom de Lucien de Samosate reste attaché à l'esprit critique et à l'humour.
Un prénom de roman au XIXe siècle
Deux romanciers majeurs ont fait de Lucien un jeune ambitieux. Chez Balzac, Lucien Chardon, qui se fait appeler Lucien de Rubempré, est le jeune poète d'Angoulême venu chercher la gloire à Paris dans Illusions perdues, puis dans Splendeurs et misères des courtisanes. Chez Stendhal, Lucien Leuwen, roman écrit en 1834 mais resté inachevé, suit un fils de banquier sous la monarchie de Juillet ; il n'a été publié qu'en 1894. Le prénom y incarne la jeunesse, le talent et les désillusions du monde.
Le caractère prêté à Lucien
La tradition des prénoms associe Lucien à l'intelligence vive, à la curiosité intellectuelle et à un esprit brillant, avec un sens de l'humour parfois caustique et une sensibilité artistique. On y devine l'influence de l'étymologie lumineuse et des figures littéraires. On lui prête aussi de l'ambition et un certain goût de la reconnaissance, à l'image des héros de Balzac et de Stendhal. Ces associations culturelles ne décrivent en rien un enfant réel.
Fête : saint Lucien, le 8 janvier
Nominis fête les Lucien le 8 janvier, jour de saint Lucien de Beauvais, fête locale. Prêtre venu de Rome pour évangéliser la Gaule, il est honoré comme apôtre du Beauvaisis et aurait été décapité vers 290 avec ses disciples Maximien et Julien ; le diocèse de Beauvais l'a pris pour patron. La veille, le 7 janvier, est la fête locale de saint Lucien d'Antioche, prêtre et théologien martyr en 312. Nominis recense encore le bienheureux Lucien Botovasoa, martyr malgache mort en 1947, commémoré le 14 avril.
Popularité : de 1920 à aujourd'hui
L'Insee montre un Lucien omniprésent au début du XXe siècle : le prénom atteint son maximum en 1920, au lendemain de la Première Guerre mondiale, et reste très courant jusqu'aux années 1930. Après 1945, le déclin s'accélère et le prénom devient rare au milieu des années 1970. Le redressement s'amorce vers 1990, gagne du terrain pendant deux décennies et devient plus marqué dans les années 2010. Lucien reste loin de ses sommets d'après-guerre, mais fait désormais partie des prénoms d'arrière-grands-pères redevenus appréciés.
Luciano, Lucian, Lucienne : les formes
| Forme | Langue ou usage |
|---|---|
| Lucianus | Latin |
| Luciano | Italien, espagnol, portugais |
| Lucian | Anglais, roumain, polonais |
| Lukian | Forme citée par Nominis |
| Lucienne | Féminin français |
Les formes étrangères n'ont guère concurrencé Lucien en France, où la forme française domine depuis toujours. Lucien s'accorde avec les prénoms rétro de la même génération, comme Marcel, Léon ou Léonard. Au féminin, Lucienne a suivi la même trajectoire, mais sans connaître le même retour ; Lucile ou Lucie offrent une sonorité proche.
Lucien Bonaparte et Lucien Febvre
Lucien Bonaparte, né à Ajaccio en 1775 et mort en 1840, frère cadet de Napoléon, présidait le Conseil des Cinq-Cents lors du coup d'État de Brumaire en 1799, avant de devenir ministre de l'Intérieur. L'historien Lucien Febvre, né à Nancy en 1878 et mort en 1956, a fondé avec Marc Bloch l'école des Annales, qui a renouvelé l'histoire en l'ouvrant à l'économie, à la société et aux mentalités ; il a enseigné au Collège de France.
Lucien en numérologie
| L | U | C | I | E | N | Total |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 3 | 3 | 3 | 9 | 5 | 5 | 28 |
Les trois premières lettres valent chacune 3 : 3 + 3 + 3 + 9 + 5 + 5 = 28, que l'on réduit en 2 + 8 = 10, puis 1 + 0 = 1. Lucien se place sous le nombre d'expression 1, qui symbolise en numérologie l'initiative, l'indépendance et le goût d'ouvrir des voies nouvelles. Lucienne, au féminin, atteint 38, puis 11, maître nombre.
Questions fréquentes
Quelle est la signification du prénom Lucien ?
Lucien vient du latin Lucianus, dérivé du prénom romain Lucius. Depuis l'Antiquité, on rattache Lucius au mot lux, « lumière », si bien que Lucien est souvent traduit par « lumineux » ou « fils de la lumière ». Ce rapprochement est traditionnel et plausible, même si les linguistes restent prudents sur l'origine exacte de Lucius.
Quand fête-t-on la Saint-Lucien ?
La Saint-Lucien est fixée au 8 janvier, en l'honneur de saint Lucien de Beauvais, martyr de la fin du IIIe siècle et patron de ce diocèse. Nominis signale aussi saint Lucien d'Antioche, le 7 janvier. Les formes Luciano, Lucian et Lucienne se fêtent aux mêmes dates.
Lucien revient-il à la mode ?
Oui. Très courant jusqu'aux années 1930, puis presque oublié, Lucien remonte régulièrement depuis la fin des années 1980, avec un net coup d'accélérateur après 2010, à la faveur de la mode des noms d'autrefois. Il reste toutefois beaucoup moins donné qu'au début du XXe siècle.