Le bleuet, fleur des champs devenue fleur du souvenir
Le bleuet signifie la mémoire des combattants en France : c'est la fleur du souvenir portée le 11 novembre et le 8 mai. Avant la Grande Guerre, le langage des fleurs y voyait surtout la délicatesse et la simplicité ; fleur sauvage des moissons, il a longtemps reculé à cause des herbicides.
De la délicatesse à la mémoire
Chez les floriographes de l'époque romantique, le bleuet, Centaurea cyanus, évoque la délicatesse, parfois la timidité ou l'espérance, selon les auteurs. Sa couleur rare parmi les fleurs des champs, un bleu franc et lumineux, en faisait une parure simple pour les couronnes des moissonneuses. Tout change avec la Première Guerre mondiale. Les jeunes soldats de la classe 1915 arrivent au front vêtus du nouvel uniforme bleu horizon, qui remplace le pantalon rouge ; les anciens les surnomment « les bleuets ». La fleur, qui continue de pousser dans les champs dévastés, devient l'image de ces combattants et, après la guerre, celle de leur souvenir.
Le Bleuet de France
En 1916, deux femmes de l'Institution nationale des Invalides, Charlotte Malleterre, fille du commandant de l'établissement, et l'infirmière Suzanne Leenhardt, organisent un atelier où des soldats blessés fabriquent des bleuets en tissu. La vente de ces fleurs leur procure un revenu et une activité. Après la guerre, l'initiative prend une ampleur nationale ; la vente de bleuets sur la voie publique est officialisée le 11 novembre dans les années 1930, puis étendue au 8 mai après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, l'Œuvre nationale du Bleuet de France, rattachée à l'Office national des combattants et des victimes de guerre, soutient les anciens combattants, les victimes de guerre et d'attentats, les pupilles de la Nation et des actions de mémoire. Porter le bleuet à la boutonnière est un geste d'hommage et de solidarité.
Bleuet et coquelicot : deux fleurs du souvenir
| Critère | Bleuet de France | Coquelicot du souvenir |
|---|---|---|
| Pays | France | Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande |
| Origine | Surnom des soldats de la classe 1915, atelier des Invalides en 1916 | In Flanders Fields, écrit en 1915 par le médecin canadien John McCrae |
| Dates | 11 novembre et 8 mai | Autour du 11 novembre, Anzac Day en Océanie |
| Couleur | Bleu, comme l'uniforme bleu horizon | Rouge, comme le sang des champs de Flandre |
Les deux symboles naissent des mêmes champs de bataille et d'un même besoin de mémoire. Le sens floral du coquelicot est détaillé dans la page coquelicot.
La fleur des moissons, ailleurs en Europe
Le bleuet est une plante messicole, qui accompagne les cultures de céréales depuis l'Antiquité. Le tri des semences et les herbicides l'ont rendu rare dans de nombreuses régions au XXe siècle ; il réapparaît aujourd'hui en bordure des champs cultivés sans traitement et dans les jachères fleuries. En Estonie, il est la fleur nationale, image des campagnes et des moissons du pays. En Allemagne, le bleuet était associé à la Prusse et à la reine Louise, dont la légende raconte qu'elle aurait caché ses enfants dans un champ de bleuets en fuyant les armées napoléoniennes. Attention au Québec : le mot « bleuet » y désigne une petite baie bleue, proche de la myrtille.
Offrir ou porter des bleuets
Le bleuet se porte plus souvent qu'il ne s'offre : en insigne de tissu lors des commémorations, acheté auprès des bénévoles. En fleurs coupées, il compose des bouquets champêtres d'été, avec du blé, des marguerites et des coquelicots, qui conviennent à un anniversaire en juin ou juillet, à un mariage à la campagne ou à un remerciement simple. On le cultive facilement en semant des graines au printemps. Pour un hommage à un ancien combattant, une gerbe incluant des bleuets bleus, des fleurs blanches et rouges rappelle aussi les couleurs du drapeau français.
Le bleuet en tatouage
En tatouage, le bleuet est choisi pour honorer un grand-père ou un aïeul poilu, un militaire, une victime de guerre ou d'attentat, dans la logique du Bleuet de France. D'autres y voient la simplicité de la vie rurale et la résistance d'une fleur sauvage qui revient malgré les pesticides. Son bleu intense tient bien sous la peau, et sa forme étoilée, aux pétales frangés, reste reconnaissable en petit format. Associé à une date, un matricule ou un casque Adrian, il devient un tatouage mémoriel explicite.
Rêver de bleuet
Un champ de bleuets annonce, selon l'onirocritique populaire, une période paisible, simple et heureuse. Porter un bleuet traduirait une fidélité à la mémoire d'un proche ou à ses valeurs. En cueillir évoquerait un retour à des plaisirs modestes. Un bleuet piétiné pourrait signaler la peur de voir oublier un sacrifice, le vôtre ou celui d'un autre. Une lecture psychologique note que cette fleur liée à la guerre peut aussi réveiller une histoire familiale. Voir aussi rêver de soldat et rêver de bleu.
Questions fréquentes
Pourquoi le bleuet est-il le symbole du 11 novembre ?
Pendant la Première Guerre mondiale, les jeunes recrues arrivées en 1915 en uniforme bleu horizon étaient surnommées « les bleuets ». En 1916, des soldats blessés aux Invalides ont fabriqué des bleuets en tissu vendus au profit des mutilés. Cette initiative est devenue le Bleuet de France, symbole du souvenir des soldats et de l'aide qui leur est due.
Où acheter un Bleuet de France ?
Les bleuets en tissu sont proposés par des bénévoles sur la voie publique et lors des cérémonies autour du 11 novembre et du 8 mai, notamment près des monuments aux morts. L'Œuvre nationale du Bleuet de France recueille aussi des dons toute l'année. Les fonds soutiennent anciens combattants, victimes de guerre et d'attentats.
Quelle est la différence entre bleuet et coquelicot du souvenir ?
Le bleuet est l'emblème français du souvenir des soldats, lié à l'uniforme bleu horizon des soldats de la Grande Guerre. Le coquelicot joue ce rôle au Royaume-Uni et dans le Commonwealth, à la suite des vers de John McCrae sur les champs de Flandre. Les deux fleurs se portent autour du 11 novembre.