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Tatouage polynésien : histoire du tatau et sens de ses motifs

Le tatouage polynésien, ou tatau, marque un statut, un passage de l'enfance à l'âge adulte et une appartenance à une lignée et à une île. Il n'existe pas un style unique : Samoa, Tahiti, les Marquises, Tonga et Hawaï ont chacun leurs codes, et les « significations » de motifs vendues en ligne sont souvent une simplification moderne.

Origine historique du tatau

Les peuples austronésiens qui ont colonisé le Pacifique emportaient avec eux la pratique du tatouage, dont on retrouve des outils en os vieux de plusieurs millénaires dans la région. Le mot français lui-même vient de là : lors de son premier voyage, en 1769, l'expédition de James Cook séjourne à Tahiti, et le naturaliste Joseph Banks comme Cook notent le terme local tatau, transcrit en anglais tattow, qui a donné « tatouage ». Le sens du mot évoque le fait de frapper, d'après le geste du tatoueur.

Au XIXe siècle, les missionnaires obtiennent l'interdiction du tatouage dans plusieurs archipels, dont Tahiti. Les Samoa font exception : le tatau y a été transmis sans interruption. Aux Marquises, les dessins relevés par l'ethnologue allemand Karl von den Steinen à la fin du XIXe siècle ont servi de base au renouveau lancé dans les années 1980 en Polynésie française.

Les grandes traditions et leurs formes

ArchipelNomParticularités
SamoaPe'a (hommes), malu (femmes)Pe'a très dense de la taille aux genoux ; malu plus ajouré sur les cuisses
MarquisesPatu tikiAutrefois le corps entier, visage compris, pour les hommes de haut rang
TahitiTatauFessiers noircis à l'adolescence, motifs sur jambes et bras
HawaïKākauGrandes zones noires, bandes, motifs de protection
TongaTatatauPratique proche du pe'a, disparue puis relancée

Aux Samoa, le tatoueur, ou tufuga tā tatau, travaille avec des peignes d'os ou de dent frappés au bâton, selon une technique encore utilisée aujourd'hui.

Sens culturel et spirituel

Recevoir le pe'a est une épreuve : plusieurs jours de séances douloureuses, en présence de la famille, qui soutient et nourrit le tatoué. Abandonner en cours de route est une honte durable, car le dessin inachevé se voit. Un homme tatoué montre qu'il est prêt à servir sa famille et son village. Dans l'ensemble du Pacifique, le tatouage renvoie aussi au mana, la force et le prestige que confèrent les ancêtres, et à une protection du corps. Aux Marquises, les récits d'origine attribuent l'art du tatouage aux divinités, ce qui en fait une pratique sacrée.

Les motifs en tatouage contemporain

Les tatoueurs actuels combinent des éléments auxquels ils attachent un sens, parfois hérité, souvent reconstruit. La tortue (honu) évoque la longévité, la famille et le sens de l'orientation ; les dents de requin, alignées en triangles, la protection et la force ; le personnage stylisé enata, les proches ou les ennemis selon son orientation ; les vagues, l'océan et la vie en mouvement ; la raie manta, la liberté. Les emplacements classiques sont l'épaule descendant sur le pectoral, la jambe entière ou le bras. Pour une pièce qui raconte vraiment votre histoire, un tatoueur polynésien partira d'un entretien, pas d'une planche de motifs.

Le motif polynésien en bijou et en objet

On grave ces motifs sur les pendentifs en nacre, en os ou en bois de tou, sur les paréos, les pagaies décoratives et les pièces sculptées des Marquises, réputées dans tout le Pacifique. Les colliers de dents de requin ou leurs imitations en résine sont vendus comme protecteurs. Le tiki, figure humaine aux grands yeux, apparaît partout en porte-clés ou en statuette ; dans sa culture d'origine, il représente un ancêtre divinisé et non une mascotte exotique. Le Festival des arts des Marquises a largement contribué à remettre ces savoir-faire à l'honneur.

Contresens, récupérations et précautions

En 2016, Disney a retiré un costume d'enfant reproduisant la peau tatouée de Maui, personnage de Vaiana, après des critiques de Polynésiens. En 2017, Nike a aussi renoncé à des collants imprimés d'un motif proche du pe'a. Ces épisodes montrent la ligne sensible : le dessin est vécu comme la peau et l'histoire de quelqu'un. Autre erreur : prendre les listes de symboles « universels » pour des règles anciennes, alors qu'elles varient selon les tatoueurs. Enfin, mélanger dans une même pièce des éléments samoans, maoris et marquisiens produit un ensemble que les connaisseurs lisent comme incohérent.

Symboles proches

Le tatouage maori vient du même ensemble culturel mais s'est développé à part en Nouvelle-Zélande. Le tatouage tribal occidental a largement puisé dans ces formes sans leurs règles. La vague et l'océan rejoignent l'univers maritime du Pacifique. Pour la tortue, voyez l'animal totem tortue ; pour le requin, l'animal totem requin. La fleur de tiare, emblème de Tahiti, accompagne souvent ces tatouages.

Questions fréquentes

D'où vient le mot tatouage ?

Il vient du mot polynésien tatau, relevé à Tahiti par l'équipage de James Cook en 1769 et transcrit en anglais sous la forme tattow, devenu tattoo. Le français l'a adapté en « tatouer » à la fin du XVIIIe siècle. Le terme évoque le geste de frapper l'outil pour faire pénétrer l'encre.

Que signifie la tortue dans un tatouage polynésien ?

La tortue marine, honu, est associée à la longévité, à la santé, à la fertilité et à l'unité de la famille. Parce qu'elle revient pondre sur sa plage de naissance, elle symbolise aussi l'orientation et le retour aux sources. Selon les tatoueurs, des enfants ou des proches peuvent être figurés à l'intérieur de sa carapace.

Quelle différence entre tatouage maori et polynésien ?

Les Maoris sont un peuple polynésien, mais leur tā moko s'est distingué : incisions en relief à l'origine, spirales koru, importance du visage. Les tatouages samoans, tahitiens ou marquisiens privilégient des aplats noirs, des bandes et des motifs géométriques répétés, réalisés au peigne frappé. Chaque archipel a ses propres codes.

Un tatouage polynésien sur un non-Polynésien, est-ce irrespectueux ?

Pas nécessairement : de nombreux tatoueurs polynésiens travaillent pour une clientèle étrangère. Le manque de respect tient plutôt à copier un tatouage existant, à revendiquer un pe'a ou un malu sans lien avec les Samoa, ou à réduire ces motifs à un décor exotique. Se renseigner et choisir un artiste de cette culture limite ces écueils.