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Tatouage maori : ce que dit le tā moko et comment le respecter

Le tatouage maori, ou tā moko, est une marque d'identité : il inscrit sur la peau la généalogie, l'appartenance tribale et le parcours de la personne. Il ne se choisit donc pas sur catalogue. Beaucoup de Maoris distinguent ce moko, réservé à ceux qui ont une ascendance maorie, du kirituhi, dessin d'inspiration maorie ouvert à tous.

Origine historique du tā moko

Les ancêtres des Maoris, navigateurs venus de Polynésie orientale, s'installent en Nouvelle-Zélande (Aotearoa) vers la fin du XIIIe siècle et y apportent l'art du tatouage. Sur place, la technique prend une forme unique : le tatoueur, ou tohunga tā moko, entaille la peau avec des ciseaux en os d'albatros, les uhi, frappés au maillet, puis y fait pénétrer un pigment obtenu à partir de suie. Le résultat est un sillon en relief, plus proche de la sculpture que du dessin. Le moment est entouré de tapu, d'interdits : la personne tatouée jeûne, ne se touche pas le visage et se nourrit à l'aide d'un entonnoir.

Au XIXe siècle, des chefs apposent leur moko en guise de signature au bas d'actes de vente de terres. Les têtes tatouées conservées, les mokomokai, deviennent alors un objet de commerce avec les Européens. La pratique décline sous la pression missionnaire et coloniale, avant un fort renouveau à partir des années 1980-1990.

Ce que signifie un moko

Un moko se lit plus qu'il ne se regarde. Il renvoie au whakapapa, la lignée qui relie chaque personne à ses ancêtres, à sa tribu (iwi), à sa terre et à ses eaux. Le tohunga compose le dessin après avoir recueilli ces informations : deux moko ne sont jamais identiques.

FormeEmplacementCe qu'elle exprime
Moko facial masculinVisage entierRang, ascendance, réalisations
Moko kauaeLèvres et menton des femmesLignée, rôle dans la communauté, autorité féminine
PuhoroCuisses et hanchesVitesse et agilité, porté notamment par les guerriers
KoruMotif intégréSpirale de la fougère qui se déroule : croissance, renouveau

Des descriptions répandues associent chaque zone du visage à un aspect de la personne, mais les tohunga rappellent que ces grilles varient d'une tribu à l'autre.

Sens spirituel et culturel

Pour les Maoris, la tête est la partie la plus sacrée du corps. Porter un moko revient à rendre visibles les ancêtres et à assumer leur héritage : le tatouage n'appartient pas seulement à celui qui le porte, mais à sa famille entière. Le moko kauae connaît aujourd'hui un renouveau marqué chez les femmes, qui le reçoivent souvent lors d'une cérémonie collective, parfois après avoir attendu d'en « être prêtes ». En 2016, Nanaia Mahuta est devenue la première députée à siéger au Parlement néo-zélandais avec un moko kauae, ce qui a donné une grande visibilité à cette pratique longtemps stigmatisée.

Le tatouage maori pour les non-Maoris

La distinction la plus utile est celle entre moko et kirituhi, littéralement « peau dessinée ». Le kirituhi reprend le vocabulaire graphique maori, koru, lignes parallèles, motifs de triangles, sans raconter de généalogie. De nombreux artistes maoris en réalisent pour des clients étrangers, souvent après un échange sur l'histoire de la personne. Les emplacements choisis vont de l'épaule au mollet, en passant par le haut du bras et le dos. Le visage et le menton, en revanche, sont largement considérés comme réservés : un moko facial porté par quelqu'un sans lien avec le monde maori est ressenti comme une usurpation d'identité.

Motifs maoris en bijou et en objet

Hors de la peau, l'art maori s'exprime dans la sculpture sur bois des maisons de réunion (wharenui), les motifs peints des chevrons appelés kōwhaiwhai et les pendentifs de pierre verte, le pounamu. Le pendentif koru, le hameçon hei matau, lié à l'abondance et aux traversées en mer, ou la spirale double se vendent largement. Traditionnellement, un pounamu se reçoit en cadeau plutôt qu'il ne s'achète pour soi, et il gagne en valeur à mesure qu'il passe de génération en génération.

Contresens, récupérations et précautions

Plusieurs marques et célébrités ont été critiquées pour avoir utilisé des motifs de moko comme simple décor, sur des vêtements, des jouets ou un visage d'acteur. Pour beaucoup de Maoris, le problème n'est pas l'admiration mais la perte de sens et le profit tiré d'une identité colonisée. Autre contresens : croire qu'un générateur de « signification maorie » peut composer un moko. Enfin, la question des mokomokai reste sensible : la France a voté en 2010 une loi permettant la restitution des têtes conservées dans ses musées, remises à la Nouvelle-Zélande en 2012. Pour un tatouage d'inspiration maorie, adressez-vous de préférence à un artiste maori ou formé auprès de cette culture.

Symboles proches

Le tatouage polynésien partage avec le moko une origine commune, mais utilise d'autres techniques et d'autres codes. Le terme de tatouage tribal a souvent servi à désigner des copies maories sorties de leur contexte. La spirale du koru rejoint un motif universel de croissance, et l'hamsa illustre, comme le pounamu, un objet protecteur qui perd son sens une fois coupé de sa culture d'origine. Côté nature, voyez l'animal totem baleine, ancêtre des tribus du littoral dans plusieurs récits maoris.

Questions fréquentes

Que signifie un tatouage maori ?

Un tatouage maori traditionnel, le moko, raconte qui est la personne : ses ancêtres, sa tribu, son rang et son histoire. Chaque dessin est unique et composé par un spécialiste. Les versions réalisées pour les non-Maoris, dites kirituhi, reprennent les formes sans ce contenu généalogique et expriment plutôt des valeurs choisies par le porteur.

Un non-Maori peut-il se faire tatouer un tatouage maori ?

Beaucoup d'artistes maoris acceptent de réaliser un kirituhi, dessin inspiré de leur art mais sans généalogie. En revanche, le moko au sens strict, surtout sur le visage ou le menton, est considéré par une large partie des Maoris comme réservé aux personnes d'ascendance maorie. Le plus respectueux est d'en parler directement avec un tatoueur maori.

Qu'est-ce que le moko kauae ?

C'est le tatouage traditionnel des femmes maories, placé sur les lèvres et le menton. Il exprime la lignée, l'identité et le rôle de celle qui le porte. Longtemps devenu rare, il revient en force depuis une trentaine d'années chez des femmes de tous milieux, y compris des élues et des journalistes.

Que veut dire le koru dans un tatouage maori ?

Le koru représente la crosse d'une jeune fougère argentée qui se déroule. Il évoque la naissance, la croissance, le renouveau et l'harmonie. On le retrouve dans les tatouages, les peintures kōwhaiwhai et les pendentifs en pierre verte. Deux koru enlacés sont souvent interprétés comme l'union de deux personnes.