Nazar boncuk, la perle bleue qui renvoie les regards envieux
Le nazar boncuk est une amulette en verre bleu en forme d'œil qui, selon la croyance populaire, protège du mauvais œil, c'est-à-dire du mal causé par un regard d'envie. Très répandu en Turquie et en Méditerranée orientale, il ne relève d'aucun dogme religieux : c'est une tradition populaire partagée par des croyants de plusieurs religions.
Origine historique du nazar boncuk
En turc, nazar, emprunté à l'arabe, désigne le regard et, par extension, le mauvais œil ; boncuk signifie « perle ». La croyance qu'un regard admiratif ou jaloux peut rendre malade un enfant, faire périr un troupeau ou gâcher une récolte est très ancienne sur le pourtour méditerranéen et au Proche-Orient : on la trouve chez les Grecs et les Romains, dans la Bible hébraïque comme dans les hadiths.
Les perles de verre décorées d'yeux sont elles aussi anciennes : des ateliers phéniciens, égyptiens puis romains en produisaient déjà plusieurs siècles avant notre ère. La forme turque actuelle, un disque de verre bleu foncé portant des anneaux blanc, bleu pâle et noir, s'est fixée dans l'Anatolie ottomane. Aujourd'hui encore, des verriers de la région d'Izmir, notamment dans le village surnommé Nazarköy, fabriquent ces perles à la main en enroulant le verre en fusion autour d'une tige de fer, avant de poser les cercles colorés.
Signification des éléments de l'amulette
| Élément | Sens attribué |
|---|---|
| Forme d'œil | Renvoyer le regard malveillant vers celui qui l'a lancé |
| Bleu profond | Couleur protectrice ; une hypothèse populaire l'explique par la rareté des yeux bleus, jugés « dangereux » |
| Cercle blanc | Pureté, clarté |
| Pupille noire | Regard qui absorbe le mal |
| Verre fragile | Capacité à se briser en recevant une charge d'envie |
La variante grecque s'appelle simplement mati, « œil ». Au Liban, en Syrie, en Iran, dans les Balkans et à Chypre, des perles proches remplissent le même rôle, parfois glissées dans une main ouverte.
Sens spirituel et usages
Le mauvais œil ne suppose pas forcément une intention de nuire : un compliment trop appuyé sur un bébé peut suffire, selon la croyance. D'où les gestes associés, comme ajouter maşallah après une louange en Turquie, ou toucher du bois ailleurs. Le nazar s'épingle sur les vêtements des nouveau-nés, se suspend au rétroviseur, au-dessus de la porte d'une boutique ou d'un logement neuf, se cache dans le sac d'un étudiant avant un examen. Si la perle se fend ou tombe, la tradition considère qu'elle a arrêté un regard néfaste : on la remercie et on la remplace. Certains religieux, musulmans comme chrétiens orthodoxes, désapprouvent ces amulettes, qu'ils jugent contraires à la confiance en Dieu seul.
Le nazar boncuk en tatouage
Le motif est apprécié pour sa simplicité : un petit œil bleu sur le poignet, la cheville, derrière l'oreille ou sur la nuque. Il s'associe souvent à une main hamsa, à un croissant de lune ou à une ligne de perles façon bracelet. Beaucoup de personnes d'origine turque, grecque ou levantine le choisissent comme lien avec leur famille ; d'autres le font en souvenir d'un voyage. Le bleu vif demande un bon entretien au soleil pour ne pas pâlir. Le tatouage ne remplace pas, pour les attachés à la tradition, une vraie perle de verre, justement parce qu'il ne peut pas se briser.
Le nazar boncuk en bijou et en objet
Colliers, bracelets de fil rouge ou doré, boucles d'oreilles, porte-clés, épingles à bébé, grands disques muraux, carreaux de céramique, suspensions pour jardin : le nazar est partout dans les bazars d'Istanbul. Offrir une perle bleue lors d'une naissance, d'un mariage, d'une pendaison de crémaillère ou de l'ouverture d'un commerce est un geste courant. Les versions industrielles en plastique ou en résine côtoient les pièces façonnées à la main, reconnaissables à leurs légères irrégularités et à quelques bulles dans le verre.
Contresens et précautions
Le nazar n'est pas un porte-bonheur qui attire la chance : il protège contre une menace, rien de plus. On le confond aussi avec l'œil d'Horus égyptien, qui a une autre histoire, et on le présente parfois à tort comme un symbole islamique officiel. Quant à la querelle entre « œil turc » et « œil grec », elle n'a guère de sens : la croyance est commune à toute la région et antérieure aux deux États modernes. Enfin, pour les bébés, préférez une épingle solide placée hors de portée de bouche : une perle détachée représente un risque d'étouffement.
Symboles proches
La hamsa, main ouverte de protection, accompagne souvent la perle bleue sur les bijoux. L'emoji œil bleu nazar s'envoie pour souhaiter protection après une bonne nouvelle. Le fer à cheval et le trèfle jouent le rôle de porte-bonheur en Europe. Pour la couleur, voyez le bleu, et pour le regard en songe, rêver d'un œil. L'expression toucher du bois traduit enfin la même peur de provoquer le sort.
Questions fréquentes
Que signifie le nazar boncuk ?
C'est une amulette destinée à protéger du mauvais œil, ce pouvoir attribué aux regards envieux ou trop admiratifs de causer malheur, maladie ou échec. L'œil de verre bleu est censé renvoyer ou absorber ce regard. Il est offert aux nouveau-nés, aux jeunes mariés et aux personnes qui connaissent un succès.
Que faire quand un nazar se casse ?
Selon la croyance, un nazar qui se fend ou éclate a accompli sa mission en arrêtant une énergie négative. On le jette ou on l'enterre, parfois en le remerciant, puis on en place un nouveau. Il n'est pas considéré comme un mauvais présage, au contraire.
Où mettre un œil turc ?
Traditionnellement, près de l'entrée de la maison ou du commerce, sur le berceau ou les vêtements d'un bébé, dans la voiture, ou porté sur soi en bracelet ou pendentif. L'idée est qu'il soit exposé aux regards, à l'endroit où l'envie risque de se manifester.
Peut-on offrir un nazar boncuk à soi-même ?
Beaucoup de personnes en achètent pour elles-mêmes, et rien ne l'interdit. Une tradition répandue veut toutefois qu'il protège mieux lorsqu'il est offert, car le geste exprime le souhait sincère d'un proche. C'est pourquoi il fait partie des cadeaux habituels lors des naissances et des emménagements.