signification.org

« Le dindon de la farce » : sens, théâtre et hypothèses

Être le dindon de la farce signifie être la victime d'une tromperie ou d'une situation dont les autres tirent profit, et s'y trouver ridiculisé. La « farce » est ici la courte pièce comique populaire. Le choix du dindon, oiseau réputé niais, s'explique en revanche par des hypothèses dont aucune n'est prouvée.

Que veut dire « être le dindon de la farce » ?

Deux associés se partagent les bénéfices d'une vente et laissent le troisième assumer seul la dette ; un ami organise une fête surprise dont vous payez l'essentiel sans être remercié ; un salarié encaisse les reproches d'un projet que d'autres ont saboté. Dans chaque cas, quelqu'un est le dindon de la farce : il perd, et son infortune a un côté comique pour les témoins.

Deux éléments se combinent. D'abord la duperie : la personne n'a pas vu venir le mauvais coup ou a fait confiance. Ensuite le ridicule : sa position de perdant se voit, et prête à rire. C'est ce qui distingue l'expression d'un simple échec. Elle s'emploie souvent au futur, comme une mise en garde : « je ne veux pas être le dindon de la farce ».

Origine : la farce, genre théâtral

Le mot « farce » désigne à l'origine une préparation culinaire qui sert à farcir. Au Moyen Âge, il a pris le sens de petite pièce comique, peut-être parce qu'on « farcissait » de scènes bouffonnes les spectacles plus sérieux. La Farce de maître Pathelin, du XVe siècle, reste la plus connue. Ces pièces mettaient en scène des personnages types, dont le naïf trompé par plus rusé que lui.

Pour le dindon, les pistes sont multiples. La plus simple rappelle que « dindon » désignait familièrement un homme sot, facile à berner, en raison de l'allure jugée stupide de l'oiseau. Une autre évoque un jeu de mots culinaire, le dindon étant justement la volaille que l'on farcit. On lit aussi, sans preuve solide, qu'il existait des spectacles forains cruels où des dindons « dansaient » sur une plaque chauffée. Enfin, Georges Feydeau a donné en 1896 une comédie intitulée Le Dindon, dont le titre joue sur ce sens de dupe, signe qu'il était bien ancré à la fin du XIXe siècle.

Exemples d'emploi

  • Familier, entre colocataires : « Vous partez tous en vacances et c'est moi qui garde le chat ? Encore le dindon de la farce. »
  • Courant, consommation : « Avec ces frais cachés, le client reste le dindon de la farce. »
  • Politique : « Les petits commerçants craignent d'être les dindons de la farce de cette réforme. »
  • Littéraire : « Il comprit trop tard qu'il avait été, depuis le début, le dindon de cette farce. »

Registre et usage actuel

L'expression est courante, avec une nuance familière qui la rend vivante sans la rendre vulgaire. Elle apparaît dans les conversations, les éditoriaux, les débats de consommateurs et les commentaires politiques, où elle dénonce volontiers une injustice collective : « les usagers seront les dindons de la farce ». Elle comporte une part d'autodérision lorsqu'on se l'applique, et une part de dénonciation lorsqu'on l'emploie pour un groupe lésé. Elle reste employée par toutes les générations.

Synonymes et expressions proches

En langage familier, « être le pigeon » ou « se faire avoir » rendent l'idée sans détour. « Être le bouc émissaire » insiste sur la faute qu'on fait porter à un innocent, sans la dimension comique. Se faire rouler dans la farine décrit le moment où l'on est trompé ; le dindon de la farce, lui, en subit les conséquences. Avoir bon dos s'applique à ce qu'on accuse commodément. Face au mauvais tour, on peut rire jaune.

Équivalents en anglais, espagnol et italien

LangueFormuleNature
Anglaisto be the fall guyIdiome proche (celui qui paie pour les autres)
Anglaisto be the laughing stockIdiome proche (objet de moquerie)
Espagnolpagar el patoIdiome proche (payer le canard : subir la faute)
Italienessere lo zimbelloIdiome proche (être la risée)

Aucun équivalent ne réunit exactement la duperie et le ridicule. L'anglais dispose de deux formules qui se partagent ces nuances ; l'espagnol, par une coïncidence amusante, recourt lui aussi à une volaille, le canard, pour désigner celui qui paie les pots cassés.

Erreurs fréquentes

On dit « le dindon de la farce », pas « la dinde de la farce », même pour une femme : l'expression est figée au masculin. « La dinde » employée seule est une insulte sexiste visant une femme jugée sotte, ce qui n'a pas le même sens. Autre confusion : l'expression ne désigne pas celui qui fait les farces, mais celui qui les subit. Enfin, « farce » n'est pas ici une blague entre amis mais un scénario dont la victime sort perdante.

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on le dindon de la farce ?

La farce est un genre théâtral comique où un personnage naïf se fait duper. Le dindon, oiseau jugé bête, désignait familièrement un homme facile à tromper. Les hypothèses sur ce choix varient : réputation de l'animal, jeu de mots avec la volaille farcie, ou spectacles forains. Aucune ne s'impose de façon certaine.

Que signifie la farce dans le dindon de la farce ?

Il s'agit de la farce au sens théâtral : une courte pièce comique, populaire au Moyen Âge, fondée sur les ruses et les tromperies. Le mot vient pourtant de la cuisine, où la farce est le hachis qui garnit une volaille. Cette double signification alimente le jeu de mots souvent prêté à l'expression.

Comment dire dindon de la farce en anglais ?

« To be the fall guy » convient quand quelqu'un paie à la place des autres ; « to be the laughing stock » quand il devient la risée de tous. Pour une personne crédule qu'on exploite, l'anglais familier dit aussi « a patsy » ou « a sucker ». Tout tient à ce qu'on veut souligner : la perte ou le ridicule.