signification.org

« Avoir un mal de chien » : douleur vive ou grande difficulté

Avoir un mal de chien signifie souffrir énormément ou, plus souvent encore, avoir beaucoup de difficulté à accomplir quelque chose. « Un mal de chien à trouver une place » est aussi courant qu'« un mal de chien au dos ». Le complément « de chien » sert d'intensif péjoratif, hérité de la mauvaise réputation ancienne de l'animal.

Que veut dire « avoir un mal de chien » ?

La locution a deux emplois qui partagent la même idée d'excès pénible. Le premier concerne la douleur physique : une rage de dents, une entorse, un tour de reins font « un mal de chien ». On dit alors aussi « ça fait un mal de chien ». Le second, très fréquent, porte sur l'effort : avoir un mal de chien à faire quelque chose, c'est y parvenir difficilement, au prix de beaucoup de temps ou d'énergie. On a un mal de chien à garer sa voiture en centre-ville, à convaincre un enfant de se coucher, à terminer un dossier.

La tournure pronominale « se donner un mal de chien » met l'accent sur l'effort volontaire : on s'est démené pour obtenir un résultat. Dans tous les cas, l'expression grossit le trait avec une pointe d'humour ; elle exprime une plainte, non un bilan clinique.

Origine : le chien, étalon de la misère

L'expression appartient à une vaste famille où « de chien » signifie « très mauvais » : « une vie de chien », « un temps de chien », « un caractère de chien », « une humeur de chien », « un métier de chien ». Pendant longtemps, le chien n'était pas l'animal de compagnie choyé d'aujourd'hui. Chien de garde ou errant, souvent mal nourri et battu, il servait aussi d'insulte (« chien ! » pour un homme vil). Associer quelque chose au chien revenait à le rabaisser au plus bas.

« Un mal de chien » s'inscrit dans cette série : c'est une peine digne de la condition misérable prêtée à l'animal. Aucune anecdote précise ne se cache derrière la formule, et nul ne peut lui assigner une date de naissance. Son sens tient entièrement à la valeur dépréciative du mot, que la langue a conservée alors que notre regard sur les chiens a profondément changé.

Exemples d'emploi

La formule s'accommode de la douleur comme de la difficulté.

  • Douleur, à l'oral : « Je me suis cogné le genou contre la table, ça fait un mal de chien. »
  • Difficulté, au quotidien : « On a eu un mal de chien à trouver un plombier un 15 août. »
  • Effort, dans un récit : « Elle s'est donné un mal de chien pour organiser cette fête, et personne ne l'a remerciée. »
  • Presse sportive : « L'équipe a eu un mal de chien à se défaire d'un adversaire pourtant modeste. »

Registre et usage actuel

La locution est familière mais nullement vulgaire, ce qui lui permet de figurer dans des articles de presse ou des témoignages. À l'écrit soutenu, on la remplace par « éprouver de grandes difficultés » ou « souffrir vivement ». Le sens « difficulté » domine nettement aujourd'hui, alors que le sens de douleur se rencontre surtout dans la tournure « ça fait un mal de chien ». Quand il s'agit d'une vraie douleur persistante, l'expression décrit un ressenti ; elle ne saurait tenir lieu de consultation.

Synonymes et expressions proches

Pour la difficulté, on dit aussi « avoir toutes les peines du monde à », « ramer », « galérer » (familier) ou « suer sang et eau ». « Faire des pieds et des mains » décrit l'énergie déployée pour obtenir quelque chose, sans l'idée de souffrance. Pour la douleur, « souffrir le martyre » monte d'un cran, dans un style plus soutenu, « avoir mal à crever » plus familier. Dans la même série animale d'intensifs, « avoir une faim de loup » grossit la faim comme « de chien » grossit le mal.

Équivalents en anglais, espagnol et italien

LangueFormuleNature
Anglaisto hurt like hellÉquivalent familier (douleur)
Anglaisto have a hell of a time doing somethingÉquivalent familier (difficulté)
Espagnolver las estrellasIdiome (douleur si vive qu'on voit des étoiles)
Italienfare un male caneÉquivalent idiomatique exact (douleur)

L'italien est la seule des trois langues à garder le chien, avec « cane » employé comme intensif familier. L'anglais préfère l'enfer ; il connaît en revanche « a dog's life » pour une existence misérable, preuve que la mauvaise réputation du chien a voyagé.

Erreurs fréquentes

On écrit « un mal de chien », avec « chien » au singulier et sans trait d’union ; « un mal de chiens » est fautif. Après « avoir un mal de chien », la construction correcte est « à » suivi de l'infinitif : « j'ai eu un mal de chien à le joindre », et non « pour le joindre », tournure fréquente mais maladroite. Enfin, aucune maladie canine n'est en cause, et le « mal de mer » n'entretient aucun lien avec cette formule.

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on un mal de chien ?

Parce que « de chien » sert depuis longtemps d'intensif péjoratif en français, comme dans « temps de chien » ou « vie de chien ». Le chien, autrefois mal traité et utilisé comme insulte, symbolisait une condition misérable. Un mal « de chien » est donc un mal particulièrement pénible.

Avoir du mal ou avoir un mal de chien : quelle différence ?

« Avoir du mal à » est neutre et s'emploie dans tous les registres. « Avoir un mal de chien à » en est la version familière et amplifiée : la difficulté a été nettement plus grande que prévu, et celui qui parle tient à le faire savoir, souvent avec humour.

Comment dire avoir un mal de chien en italien ?

L'italien possède une formule presque identique : « fa un male cane », littéralement « ça fait un mal chien ». Elle s'emploie pour une douleur vive. Pour une difficulté, on dira plutôt « fare una gran fatica », traduction du sens sans image animale.