La colombe de la paix, de l'arche de Noé à l'affiche de Picasso
La colombe symbolise la paix, surtout lorsqu'elle porte un rameau d'olivier : l'image vient du récit du Déluge, et Picasso en a fait en 1949 l'emblème laïque du pacifisme. Elle désigne aussi la douceur, l'amour et, en politique, le partisan de la négociation face au « faucon ». La colombe du Saint-Esprit relève d'une autre tradition.
Origine de la colombe de la paix
Dans la Genèse, l'oiseau envoyé une deuxième fois hors de l'arche rentre au soir en tenant une pousse d'olivier fraîchement arrachée : la terre émerge, la colère divine s'apaise. L'olivier, arbre d'Athéna et de la paix chez les Grecs, renforce le sens. Les premiers chrétiens gravent la colombe au rameau sur les tombes des catacombes, comme signe de paix de l'âme. Le symbole devient politique au XXe siècle. En avril 1949, Louis Aragon choisit une lithographie de Picasso représentant un pigeon blanc aux pattes emplumées pour l'affiche du Congrès mondial des partisans de la paix, à Paris. Le peintre, dont la fille naît au même moment, la prénomme Paloma, « colombe » en espagnol. Picasso dessinera ensuite de nombreuses autres colombes, souvent en vol, pour les congrès suivants.
Les colombes et leurs sens
| Représentation | Contexte | Sens |
|---|---|---|
| Colombe au rameau d'olivier | Genèse, art paléochrétien | Fin du châtiment, réconciliation |
| Colombe posée de Picasso | Affiche de 1949 | Pacifisme, refus de la guerre atomique |
| Colombe en vol, trait continu | Dessins de Picasso des années 1950 | Paix universelle, liberté |
| Deux colombes affrontées | Faire-part, alliances | Amour fidèle, couple |
| « Colombes » contre « faucons » | Vocabulaire politique | Partisans du compromis contre ceux de la force |
| Colombe descendante dans la lumière | Art chrétien | Saint-Esprit, sujet d'une page distincte |
Sens spirituel et politique
La colombe de la paix a une double généalogie : biblique par le rameau, laïque par l'affiche. Dès sa création, elle a été disputée. Le mouvement des partisans de la paix était proche du communisme international, et en pleine guerre froide la colombe servait aussi la diplomatie soviétique ; des affiches anticommunistes françaises l'ont détournée en « colombe qui fait boum ». Aux États-Unis, la crise de Cuba de 1962 a popularisé l'opposition entre les « faucons », favorables à la fermeté militaire, et les « colombes », partisanes de la négociation. Aujourd'hui, le symbole a perdu cette couleur partisane : on le retrouve sur les affiches humanitaires, les monuments aux victimes et les cartes de condoléances.
La colombe en tatouage
Le style le plus recherché s'inspire directement des dessins de Picasso : une colombe tracée d'un trait noir continu, parfois avec un rameau stylisé, sur l'avant-bras, le poignet ou la clavicule. Ce tatouage revendique la paix, la non-violence ou un lien avec l'histoire de l'art. Une main qui libère une colombe exprime la fin d'une captivité, d'une addiction ou d'une relation toxique. Une colombe prise dans du fil barbelé renvoie aux prisonniers politiques et aux victimes de guerre. Les colombes tenant un ruban avec deux prénoms ou une date célèbrent un mariage. En noir et gris réaliste, avec des nuages, elle accompagne aussi un hommage à un défunt.
La colombe dans les objets et les rituels
Le pendentif colombe est un cadeau fréquent de mariage ou de naissance, et la broche au rameau d'olivier se porte lors de cérémonies pacifistes. En Italie, la colomba pasquale, brioche en forme de colombe couverte de sucre et d'amandes, se partage à Pâques. La marque de savon Dove, « colombe » en anglais, a pris l'oiseau pour logo afin d'évoquer la douceur. Les lâchers de colombes blanches aux mariages, aux funérailles ou lors de cérémonies officielles sont dénoncés par les défenseurs des animaux : ces pigeons domestiques survivent mal une fois relâchés. En 2014, deux colombes lâchées au Vatican furent attaquées devant les caméras par une mouette et une corneille.
Contresens et précautions
L'emblème des Nations unies ne montre pas de colombe, mais un planisphère encadré de deux branches d'olivier ; celui d'Amnesty International est une bougie entourée de barbelés. Le « symbole de la paix » circulaire à trois branches, créé en 1958 pour la campagne britannique contre l'arme nucléaire, n'a rien à voir avec l'oiseau. Le rameau porté par la colombe de Noé est une feuille d'olivier dans le texte, pas une branche de laurier. Enfin, la colombe de Picasso était un pigeon, et zoologiquement, colombes et pigeons appartiennent à la même famille : la distinction est d'usage, pas scientifique.
Symboles proches
La colombe du Saint-Esprit est l'image chrétienne de l'Esprit divin, distincte de l'emblème pacifiste. Le symbole de la paix est l'autre grand signe antiguerre. La plume blanche et l'ange partagent la douceur et la lumière. Pour le tempérament prêté à l'oiseau, voyez la colombe animal totem ; pour les songes, rêver de colombe ; pour l'usage en messagerie, l'emoji colombe.
Questions fréquentes
D'où vient la colombe de la paix ?
Du récit du Déluge : le rameau d'olivier que l'oiseau ramène à l'arche montre que la décrue commence et que la colère divine prend fin. Les premiers chrétiens ont gravé cette image sur les tombes, puis Picasso l'a rendue universelle en 1949 avec l'affiche d'un grand congrès pacifiste tenu à Paris.
Que signifie la colombe de Picasso ?
Retenue par Louis Aragon pour une affiche en 1949, cette lithographie représente un pigeon blanc très détaillé. Elle symbolise le refus de la guerre au début de la guerre froide. Picasso a ensuite dessiné bien d'autres colombes, souvent d'un trait simple, qui sont devenues des icônes de la paix dans le monde entier.
Que signifie un tatouage colombe ?
Il exprime la paix, l'espoir, la liberté retrouvée ou l'amour. Au trait continu, il rend hommage à Picasso ; libérée par une main, la colombe marque la fin d'une épreuve ; accompagnée de nuages et d'un nom, elle honore un proche disparu. Avec des rayons descendants, elle prend plutôt le sens chrétien du Saint-Esprit.
Que veut dire faucons et colombes en politique ?
Les faucons désignent les partisans d'une ligne dure, prêts à recourir à la force, et les colombes ceux qui privilégient la négociation et la détente. Le vocabulaire s'est imposé aux États-Unis lors de la crise des missiles de Cuba, en 1962, avant de s'étendre à la diplomatie, puis à la politique monétaire.