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« Tirer les vers du nez » : sens et hypothèses sur son origine

Tirer les vers du nez à quelqu'un, c'est l'amener par habileté à révéler ce qu'il voulait taire. On obtient l'information petit à petit, par questions détournées. La locution est ancienne, déjà connue à l'époque classique, mais l'origine exacte de ces « vers » reste débattue.

Que signifie « tirer les vers du nez » ?

L'expression décrit une technique plus qu'un résultat. La personne interrogée ne veut pas parler, ou pas tout de suite ; son interlocuteur multiplie les questions anodines, feint l'indifférence, recoupe les réponses et finit par obtenir ce qu'il cherchait. Il n'y a ni violence ni menace : seulement de la patience et un peu de ruse.

On l'emploie pour un secret de famille, une surprise, un nom, un montant, la date d'une annonce. Elle s'utilise souvent au négatif, pour vanter la discrétion de quelqu'un : « impossible de lui tirer les vers du nez ». Elle suppose que l'information est bien présente chez la personne, qu'il suffit de l'extraire.

Origine de l'expression

La locution est relevée dans les recueils de façons de parler du XVIIe siècle, et elle est sans doute plus ancienne. Son image, en revanche, n'a pas d'explication certaine. Trois pistes sont avancées.

La première renvoie aux croyances médicales anciennes, qui attribuaient bien des maux à des vers logés dans le corps, jusque dans la tête. Des charlatans auraient prétendu en extraire par le nez, en tirant lentement, comme on obtient une confidence. La deuxième est un jeu de mots savant : « vers » viendrait du latin « verum », le vrai, et l'on tirerait donc la vérité du nez. Séduisante, cette étymologie ne repose sur aucun texte et bute sur la forme du mot. La troisième se contente de l'image comique d'une extraction longue et un peu répugnante, qui dit bien l'effort pour arracher quelques mots. Aucune ne l'emporte de manière documentée.

Exemples d'emploi

  • Entre amies : « J'ai réussi à lui tirer les vers du nez : c'est bien Julien qu'elle voit en ce moment. »
  • Journalisme : « Le reporter a tenté de tirer les vers du nez au porte-parole, sans succès. »
  • Vie de famille : « N'essaie pas de me tirer les vers du nez, tu sauras ton cadeau à Noël. »
  • Roman policier : « Il fallut deux heures au commissaire pour tirer les vers du nez du concierge. »

Registre et usage aujourd'hui

La locution est familière, mais son emploi reste acceptable dans la plupart des situations orales et dans la presse. Elle a une coloration amusée : celui qui tire les vers du nez est un fin limier plutôt qu'un inquisiteur. Deux constructions coexistent, « tirer les vers du nez à quelqu'un » et « tirer les vers du nez de quelqu'un » ; la première est la plus répandue. Pour un interrogatoire officiel ou une enquête judiciaire, un rédacteur préférera « obtenir des aveux » ou « recueillir des informations ».

Synonymes et expressions proches

« Faire parler », « soutirer une information » et « cuisiner quelqu'un » sont les équivalents les plus directs ; « cuisiner » évoque un interrogatoire plus insistant. « Sonder » ou « tâter le terrain » désignent une approche plus prudente, sans forcément obtenir de réponse. Du côté de celui qui parle, on dira qu'il « crache le morceau » ou « vend la mèche ». Et celui qui soupçonne déjà quelque chose avant de poser ses questions a « la puce à l'oreille ».

Équivalents en anglais, espagnol et italien

LangueFormuleNature
Anglaisto worm something out of someoneÉquivalent idiomatique exact
Espagnoltirarle de la lengua a alguienÉquivalent idiomatique exact
Italienfar sputare il rospoIdiomatique (forcer à avouer)
Italiencavare le parole di boccaIdiomatique (arracher les mots)

L'anglais retrouve de façon frappante l'image du ver, sous forme de verbe : « to worm out » signifie extraire en se faufilant. L'espagnol tire la langue, et l'italien fait cracher un crapaud.

Erreurs fréquentes

L'orthographe pose problème : il s'agit bien des « vers », les petits animaux, et non de « verres » ni de « vert ». On lit aussi « tirer les vers du nez de quelque chose », alors que la locution vise toujours une personne. Côté sens, ne l'employez pas pour une information obtenue par la force ou par la lecture d'un document : l'expression implique un échange verbal et une adresse psychologique. Enfin, le singulier « le ver du nez » est incorrect.

Questions fréquentes

Quelle est l'origine de tirer les vers du nez ?

Elle n'est pas établie. On évoque d'anciennes croyances selon lesquelles des vers logés dans la tête causaient des maladies, que des charlatans prétendaient extraire par le nez. Une étymologie à partir du latin « verum », la vérité, circule aussi, mais aucun texte ne la confirme.

Faut-il dire tirer les vers du nez à ou de quelqu'un ?

Les deux constructions se rencontrent chez de bons auteurs. « Tirer les vers du nez à quelqu'un » est la plus courante aujourd'hui, parce qu'elle suit le modèle « arracher quelque chose à quelqu'un ». « De quelqu'un » est plus rare mais pas fautif.

Comment dire tirer les vers du nez en anglais ?

L'équivalent idiomatique est « to worm something out of someone », qui garde curieusement l'image du ver. On dit aussi « to get something out of someone » dans un registre plus neutre, ou « to pump someone for information » quand les questions sont insistantes.