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« Faire le mur » : sortir en douce, de la caserne à l'adolescence

Faire le mur, c'est quitter en cachette et sans autorisation un lieu où l'on devrait rester, le plus souvent la nuit. L'image vient des pensionnats et des casernes, dont on sortait en escaladant l'enceinte ; aujourd'hui, on l'emploie surtout pour l'adolescent qui file par la fenêtre rejoindre ses amis.

Que signifie « faire le mur » ?

L'expression désigne une escapade clandestine hors d'un cadre qui impose des horaires et des règles de présence. Trois ingrédients la caractérisent : une interdiction (on n'a pas le droit de sortir), une ruse pour échapper à la surveillance, et en général un retour prévu avant qu'on ne remarque l'absence. Faire le mur n'est donc pas s'enfuir pour de bon : c'est s'offrir quelques heures de liberté en espérant ne pas se faire prendre.

Le mur est désormais souvent symbolique. Un lycéen qui sort par la porte-fenêtre pendant que ses parents dorment, un militaire qui quitte la base sans permission ou un pensionnaire qui rejoint la fête du village « font le mur » sans forcément grimper sur quoi que ce soit.

Origine : les enceintes des casernes et des internats

Le sens littéral est évident et n'a rien de mystérieux : dans les casernes, les collèges et les pensionnats d'autrefois, entourés de hauts murs et dont les portes étaient gardées ou fermées le soir, le moyen le plus direct de sortir sans être vu consistait à passer par-dessus l'enceinte. Le verbe « faire » a ici la valeur qu'il prend dans « faire le col » ou « faire la sortie » : franchir, accomplir un parcours.

Quant à savoir quand la tournure est apparue, les indices manquent pour avancer une date. On peut seulement constater qu'elle appartient au vocabulaire de la vie en internat et du service militaire, deux institutions qui ont marqué des générations de jeunes Français et qui ont largement diffusé leur argot dans la langue commune. Quand le service obligatoire et les grands internats ont décliné, l'expression est restée et s'est transposée à la vie de famille.

Exemples d'emploi

Le ton oscille entre le souvenir complice et la réprimande.

  • Nostalgie : « Au lycée agricole, on faisait le mur pour aller au bal du samedi soir. »
  • Inquiétude parentale : « Son lit était vide à deux heures du matin : il avait fait le mur. »
  • Presse : « Plusieurs appelés auraient fait le mur la veille de l'incident. »
  • Emploi figuré et humoristique : « J'ai fait le mur de la réunion de copropriété pour voir la fin du match. »

Registre et usage actuel

La formule relève du registre courant, légèrement familier. Elle garde une coloration un peu rétro, liée aux souvenirs de pension et de caserne, mais reste parfaitement comprise par les jeunes générations, qui l'associent à la vie adolescente. Elle est souvent employée avec indulgence : faire le mur évoque une transgression mineure, presque un rite de passage, plutôt qu'une faute grave.

Dans le vocabulaire du football, « faire le mur » a un tout autre sens, parfaitement concret : les joueurs se placent côte à côte pour faire barrage à un coup franc. Le contexte suffit à distinguer les deux emplois.

Synonymes et expressions proches

« Sortir en douce », « s'éclipser » ou « se faire la belle » (argot, plutôt pour une évasion véritable) sont voisins. « Filer à l'anglaise » désigne un départ discret sans saluer, mais sans l'idée d'interdiction. « Faire l'école buissonnière » concerne les cours manqués, en journée. « Prendre ses jambes à son cou » implique la peur et la vitesse, absentes de l'escapade préméditée. À ne pas confondre avec « mettre au pied du mur », sans aucun lien avec la fuite : c'est au contraire acculer quelqu'un.

Équivalents en anglais, espagnol et italien

LangueFormuleNature
Anglaisto sneak outÉquivalent courant (sortir en douce)
Anglaisto go over the wallIdiome, surtout pour une évasion ou une désertion
Espagnolescaparse a escondidasTraduction du sens (s'échapper en cachette)
Italienuscire di nascostoTraduction du sens (sortir en cachette)

L'anglais « to go over the wall » reprend exactement l'image du mur, mais il s'applique plutôt à une fuite définitive, d'une prison ou d'une institution. Pour l'adolescent qui revient avant l'aube, « to sneak out » est plus juste. En espagnol et en italien, on décrit simplement l'action.

Erreurs fréquentes

On écrit « faire le mur » au singulier, sans complément : « faire le mur de l'internat » se comprend mais sonne comme un calque inutile. L'expression ne signifie ni « construire un mur » ni « rester muet comme un mur ». Enfin, elle suppose un retour : pour un départ sans intention de revenir, parlez plutôt de fugue ou d'évasion. Le lieu quitté, s'il faut le préciser, se place à part : « il a fait le mur, il a quitté la caserne ».

Questions fréquentes

D'où vient l'expression faire le mur ?

Elle vient des casernes, des collèges et des pensionnats entourés d'une enceinte. Pour sortir sans permission, la nuit ou le week-end, les soldats et les élèves escaladaient le mur au lieu de passer par la porte gardée. L'image concrète est devenue une expression désignant toute sortie clandestine, avec ou sans escalade.

Que risque un ado qui fait le mur ?

Au-delà de la sanction familiale, le principal souci est que personne ne sait où il se trouve en cas de problème, la nuit notamment. C'est ce qui inquiète les parents bien plus que la désobéissance. L'expression elle-même reste indulgente et décrit une transgression ordinaire de l'adolescence.

Comment dit-on faire le mur en anglais ?

Pour une escapade dont on revient, « to sneak out » traduit le mieux l'idée : « he sneaked out last night ». « To go over the wall » existe, avec l'image du mur, mais il évoque surtout une évasion de prison ou la désertion d'un soldat.