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« Être une pipelette » : sens et histoire d'un mot né d'un roman

Être une pipelette signifie être très bavard, et souvent aimer colporter les petites nouvelles et les commérages. Le mot vient d'un nom propre : Pipelet, le couple de portiers des Mystères de Paris, roman-feuilleton d'Eugène Sue publié en 1842-1843. Le personnage a donné « pipelet », concierge, puis « pipelette », personne bavarde.

Que veut dire « être une pipelette » ?

La pipelette parle sans s'arrêter : au téléphone pendant une heure, dans la file d'attente avec des inconnus, au bureau autour de la machine à café. Le mot désigne d'abord le goût de la conversation abondante, sans forcément de méchanceté. Beaucoup de parents disent affectueusement de leur enfant qu'il est « une vraie pipelette ».

Une seconde nuance, héritée de l'origine du mot, évoque le bavardage sur les autres : qui sort avec qui, qui a déménagé, qui a reçu une lettre. La pipelette est alors celle qui ne sait pas garder une information et la fait circuler dans l'immeuble, le village ou le service. Selon la situation et l'intonation, on comprend s'il s'agit d'un moulin à paroles sympathique ou d'une source de ragots.

Origine : les Pipelet d'Eugène Sue

Les Mystères de Paris, d'Eugène Sue, a paru en feuilleton dans le Journal des débats en 1842 et 1843, avec un succès populaire considérable. Parmi ses nombreux personnages figurent M. et Mme Pipelet, portiers d'un immeuble parisien. Leur loge est un lieu d'observation où passent les allées et venues, les lettres et les rumeurs de la maison.

Le succès du roman a fait passer le nom dans la langue commune. « Pipelet » est devenu un synonyme familier de concierge, et « pipelette » a désigné la concierge, réputée curieuse et bavarde. Par extension, le mot s'est appliqué à toute personne qui parle beaucoup ou répand les nouvelles. C'est un cas typique d'antonomase, figure qui transforme un nom propre en nom commun, comme « un harpagon » ou « une mégère ». Les dates et l'attribution à Eugène Sue sont bien établies.

Exemples d'emploi

Le mot s'emploie surtout avec « être » ou comme apostrophe affectueuse.

  • Familier, tendresse : « Ma fille est une vraie pipelette, elle m'a raconté toute sa journée minute par minute. »
  • Courant, mise en garde : « Ne dis rien à Gérard, c'est une pipelette, tout le service serait au courant demain. »
  • Autodérision : « Pardon pour ce message interminable, je suis une pipelette. »
  • Récit : « La pipelette du deuxième étage connaissait l'emploi du temps de chaque locataire. »

Registre et usage actuel

« Pipelette » est familier, mais d'une familiarité douce, souvent affectueuse. Parents et amis s'en servent volontiers, et il est bien compris de toutes les générations. En revanche, « pipelet » au sens de concierge est aujourd'hui vieilli. Le mot a longtemps porté un cliché visant les femmes et les gardiennes d'immeuble, jugées bavardes ; il s'applique désormais aussi aux hommes (« Paul est une pipelette »), sans changer de genre grammatical, ce qui atténue ce stéréotype.

Synonymes et expressions proches

Avoir la langue bien pendue désigne la facilité de parole, sans l'idée de commérage. « Être un moulin à paroles » insiste sur le débit. « Être bavard comme une pie » compare le bavard à un oiseau réputé jacasser. « Une commère » ou « une concierge » (au sens figuré) visent surtout le goût des ragots. Le contraire est muet comme une carpe. Celui qui trahit un secret, lui, vend la mèche.

Équivalents en anglais, espagnol et italien

LangueFormuleNature
Anglaisa chatterboxIdiome équivalent (bavard)
Anglaisa gossipÉquivalent pour le sens de commérage
Espagnoluna cotorraIdiome proche (une perruche)
Italienuna chiacchieronaTraduction du sens (une grande bavarde)

Aucun équivalent ne vient d'un personnage de roman. L'espagnol recourt à un oiseau parleur, comme le français avec la pie. L'anglais sépare les deux sens que « pipelette » réunit : le bavardage abondant et la diffusion des ragots.

Erreurs fréquentes

On écrit « pipelette » avec deux t et un seul l ; « pipellette » ou « pipelete » sont fautifs. Le mot est féminin même pour un homme : « il est une pipelette » se dit, mais on préfère souvent « c'est une pipelette ». Il n'a aucun rapport avec la pipe ou avec « piper » (tromper, dans « les dés sont pipés »). Enfin, à propos du roman, on parle des Pipelet, avec une majuscule et sans la terminaison « -ette », propre au nom commun.

Questions fréquentes

D'où vient le mot pipelette ?

Il vient de Pipelet, nom du couple de portiers dans « Les Mystères de Paris » d'Eugène Sue, publié en feuilleton en 1842-1843. Grâce au succès du roman, « pipelet » a désigné un concierge, puis « pipelette » une concierge bavarde et, plus largement, toute personne qui parle beaucoup ou colporte des nouvelles.

Pipelette est-il péjoratif ?

Pas nécessairement. Pour un enfant ou un ami qui aime discuter, le mot est plutôt tendre. Il devient péjoratif lorsqu'il vise une personne incapable de tenir sa langue ou qui répand des rumeurs. Il a aussi longtemps véhiculé un cliché sur les femmes et les concierges, dont il vaut mieux avoir conscience.

Peut-on dire pipelette pour un homme ?

Oui. Le mot reste féminin, mais il s'applique aux hommes comme aux femmes : « mon père est une vraie pipelette ». Le masculin « pipelet » existe, mais il désigne un concierge et il est vieilli ; il ne s'emploie pas pour dire qu'un homme est bavard.