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« Être timbré » : sens, histoire du mot et emplois

Être timbré signifie, familièrement, être un peu fou, avoir l'esprit dérangé ou des idées extravagantes. Le mot n'a rien à voir au départ avec le timbre-poste. L'explication la plus souvent retenue le rattache au timbre, sorte de cloche : un esprit « timbré » sonnerait faux, comme un timbre fêlé.

Que veut dire « être timbré » ?

L'adjectif qualifie une personne dont le comportement paraît bizarre, imprévisible ou déraisonnable. Le voisin qui tond sa pelouse à six heures du matin en chantant de l'opéra, la tante qui garde tous ses bocaux vides « au cas où », l'ami qui veut ouvrir un restaurant de glaces en Laponie : autant de candidats au qualificatif. Le mot contient généralement plus d'amusement que d'inquiétude.

Il sert surtout à marquer une distance vis-à-vis d'une idée ou d'une conduite hors norme. On l'intensifie volontiers : « complètement timbré », « un peu timbré sur les bords ». Il fonctionne aussi comme nom : « un timbré », « une vraie timbrée ». Dans ce dernier emploi, il est plus nettement péjoratif.

Origine : la cloche avant le timbre-poste

Le mot « timbre » vient, par le latin, du grec tympanon, le tambourin. En français, il a désigné un tambour, puis une cloche sans battant que l'on frappe avec un marteau, comme celle des horloges ou des sonnettes. De là vient aussi le sens de « timbre de la voix », la qualité propre d'un son. Le timbre-poste, bien plus tardif, n'est apparu en France qu'en 1849.

Le sens « fou » repose sur une hypothèse largement partagée, mais que nous présentons comme telle : un timbre fêlé ou dérangé produit un son faux, et l'on aurait comparé un cerveau qui fonctionne mal à cette cloche défectueuse. L'image rejoint celle de « fêlé », où l'esprit est fissuré comme un vase. La date d'apparition de « timbré » dans ce sens n'est pas établie avec précision ici.

Exemples d'emploi

Le mot se prête aussi à la taquinerie qu'à la mise en garde.

  • Familier, affectueux : « Ma sœur est un peu timbrée, elle parle à son GPS comme à une amie. »
  • Familier, désapprobation : « Doubler sur la ligne blanche sous la pluie ? Il est complètement timbré. »
  • Autodérision : « J'ai accepté d'organiser le mariage de mes deux meilleurs amis la même semaine, je suis timbrée. »
  • Jeu de mots, humour : « Il est tellement timbré qu'on pourrait le poster. »

Registre et précautions d'usage

« Timbré » est familier et reste réservé à l'oral, aux échanges détendus et à la fiction. Il sonne légèrement désuet chez les plus jeunes, qui préfèrent « chelou » ou « perché », mais il demeure très compris. Comme tous les mots qui assimilent l'extravagance à la folie, il peut blesser des personnes qui vivent avec des troubles psychiques ou leur entourage. Employé comme nom (« c'est un timbré »), il réduit une personne à une étiquette : dans une discussion sérieuse, mieux vaut décrire le comportement en cause.

Synonymes et mots de la même famille

« Toqué », « fêlé », « cinglé », « siphonné » ou « zinzin » partagent l'idée d'un esprit abîmé, souvent par une image mécanique ou sonore. Être marteau est le plus proche par l'emploi ; sa page expose l'hypothèse du coup reçu sur la tête. L'image d'un vide domine dans avoir une case en moins, celle d'une crise ponctuelle dans péter les plombs. Avoir une araignée au plafond reste plus doux et plus pittoresque.

Équivalents en anglais, espagnol et italien

LangueFormuleNature
Anglaisto be crackersIdiome proche, familier britannique
Anglaisto be round the bendIdiome proche, familier britannique
Espagnolestar chifladoTraduction du sens, familière
Italienessere suonatoIdiome proche (littéralement « sonné »)

L'italien offre un écho amusant à l'hypothèse de la cloche : « suonato », participe de « suonare », sonner, qualifie une personne un peu dérangée. L'anglais « crackers » joue plutôt sur l'idée de craquelure, proche de notre « fêlé ».

Erreurs fréquentes

« Timbré » s'accorde normalement : « elle est timbrée », « ils sont timbrés ». Attention au contexte écrit : « une lettre timbrée » ou « une enveloppe timbrée » désigne simplement un courrier affranchi, et « du papier timbré » un papier officiel portant un timbre fiscal. Le jeu de mots est tentant, mais il ne faut pas en tirer l'idée fausse que l'expression viendrait de la poste. Enfin, « avoir du timbre » se dit d'une voix bien sonore, sans rapport avec la folie.

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on timbré pour fou ?

L'explication la plus courante renvoie au timbre, cloche sans battant frappée par un marteau. Fêlé ou déréglé, il rend un son faux ; par analogie, un esprit timbré fonctionnerait de travers. Cette hypothèse n'est pas prouvée de façon certaine, mais elle est plus solide que le rapprochement avec le timbre-poste, apparu bien plus tard.

Être timbré est-il une insulte ?

Plutôt moqueur qu'injurieux, « timbré » s'emploie souvent avec affection pour une idée farfelue. Il devient vexant lorsqu'il sert à disqualifier quelqu'un, surtout sous la forme « un timbré ». Il peut blesser les personnes confrontées à des troubles psychiques, pour qui l'association entre maladie et ridicule est douloureuse.

Quelle est l'origine du mot timbre ?

« Timbre » vient du grec « tympanon », tambourin, passé par le latin. En français, il a désigné un tambour, puis une cloche frappée par un marteau, puis la qualité d'un son. Le sens de marque imprimée, puis de vignette postale, s'est développé plus tard ; en France, le premier timbre-poste date de 1849.