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« Avoir la grosse tête » : sens et usage de l'expression

Avoir la grosse tête, c'est se croire supérieur aux autres parce qu'on a réussi quelque chose. L'expression décrit moins un orgueil de naissance qu'une vanité acquise : une promotion, un titre ou un peu de célébrité font « gonfler » l'image qu'une personne a d'elle-même, au point de changer son comportement.

Signification de « avoir la grosse tête »

La locution raconte presque toujours un avant et un après. Le collègue sympathique devenu chef qui ne salue plus personne, le jeune musicien qui exige une loge après son premier passage à la radio, l'élève félicité qui se met à corriger ses professeurs : tous « ont pris la grosse tête ». Le reproche vise un changement d'attitude, pas un talent réel, que personne ne conteste forcément.

Le mécanisme dénoncé est celui du succès mal digéré. La personne surestime son importance, oublie ceux qui l'ont aidée, supporte mal la critique. On dit d'ailleurs volontiers « attention à ne pas prendre la grosse tête » pour mettre en garde un proche qui vient d'obtenir une réussite, sur un ton affectueux plus que sévère.

D'où vient l'expression ?

L'image est celle d'une tête qui enfle sous l'effet de la vanité, comme si les pensées flatteuses prenaient de la place. Le français associe depuis longtemps l'orgueil à l'enflure : on est « gonflé d'orgueil », « bouffi de vanité », et la grenouille de la fable de La Fontaine éclate à force de vouloir égaler le bœuf en taille. La tête, siège de l'opinion qu'on a de soi, est l'organe logique de cette enflure.

Impossible de dire avec certitude quand la tournure est née, ni sous quelle plume. On notera qu'elle se retrouve sous une forme très proche en anglais (« big head », « big-headed »), sans qu'il soit possible d'affirmer qu'une langue l'ait empruntée à l'autre : l'image est assez intuitive pour être née séparément.

Exemples d'emploi

On rencontre surtout « avoir la grosse tête » pour un état et « prendre la grosse tête » pour le moment où il s'installe.

  • Courant, dans la presse : « Champion du monde à vingt ans, il a su ne pas prendre la grosse tête. »
  • Familier, entre amis : « Depuis qu'elle passe à la télé, elle a un peu la grosse tête, non ? »
  • Soutenu, dans un portrait : « Loin d'avoir la grosse tête, le lauréat attribua son prix au travail collectif de son laboratoire. »
  • Autodérision : « Trois likes sur ma photo de gâteau, je commence à avoir la grosse tête. »

Registre et usage actuel

La locution est courante et légèrement familière. Elle convient à la conversation, aux articles de sport ou de culture, aux interviews où une personnalité assure être « restée simple ». Elle est moins crue que « avoir le melon », plus répandue chez les jeunes, et moins moqueuse que « avoir les chevilles qui enflent », qui sert surtout de riposte. C'est donc la formulation neutre de la famille, celle qu'on peut employer devant la personne concernée sans la blesser gravement. Le nom « une grosse tête » a un autre sens : une personne très savante.

Synonymes et expressions proches

Dans la même veine corporelle, « avoir le melon » et « avoir les chevilles qui enflent » sont des synonymes plus familiers. « Se prendre pour le nombril du monde » insiste sur l'égocentrisme, « se croire sorti de la cuisse de Jupiter » sur la prétention à une origine supérieure. « Rouler des mécaniques » décrit une attitude de fanfaron, plus physique. « Péter plus haut que son cul », vulgaire, reproche de vouloir paraître au-dessus de sa condition. À l'inverse, « garder les pieds sur terre » et « rester simple » expriment la modestie préservée.

Équivalents en anglais, espagnol et italien

LangueFormuleNature
Anglaisto have a big headIdiome équivalent
Anglaissuccess went to his headIdiome proche (le succès lui est monté à la tête)
Espagnolsubírsele los humos a la cabezaIdiome proche (les fumées montent à la tête)
Italienmontarsi la testaIdiome équivalent

L'anglais garde exactement l'image de la tête qui grossit. L'espagnol parle de fumées qui montent à la tête, et l'italien d'une tête qui « se monte », deux façons de dire que l'orgueil s'élève et prend le dessus.

Erreurs fréquentes

« Avoir une grosse tête » au sens propre décrit une morphologie, et « une grosse tête » désigne aussi, familièrement, une personne très instruite : le sens n'est pas le même que dans « avoir la grosse tête », avec article défini. Rien à voir non plus avec « faire la tête », qui signifie bouder, ni avec « avoir la tête dure », qui concerne l'entêtement. Enfin, l'expression ne s'applique pas à une personne naturellement arrogante depuis toujours : elle implique une réussite qui a changé quelqu'un.

Questions fréquentes

Que veut dire prendre la grosse tête ?

Prendre la grosse tête, c'est commencer à se croire important après une réussite : promotion, victoire, notoriété soudaine. Le verbe « prendre » insiste sur le changement, alors que « avoir la grosse tête » décrit l'état installé. On l'emploie souvent à la forme négative pour féliciter quelqu'un d'être resté modeste malgré son succès.

Quelle différence entre avoir la grosse tête et avoir le melon ?

Le sens est le même : se croire supérieur. « Avoir le melon » est plus argotique, « melon » désignant familièrement la tête ; on l'entend surtout chez les jeunes et dans le sport. « Avoir la grosse tête » est plus courant et peut s'employer dans un article ou devant des personnes qu'on connaît peu.

Comment dire avoir la grosse tête en anglais ?

On dit « to have a big head » ou « to be big-headed », avec exactement la même image. Pour décrire le moment où le succès change quelqu'un, l'anglais emploie « success has gone to his head ». L'expression « to be full of oneself » convient aussi pour une personne vaniteuse.